CHAPITRE III
vertes d'une épaisseur de deux centimètres de plâtre ou chaux soigneusement aplanis. Des traces de peinture rouge se voient encore par places, généralement sous les marches.
Ces pyramides étaient d'immenses temples dédiés, ainsi que l'indiquent leurs noms, aux astres du jour et de la nuit; elles formaient les deux extrémités d'une immense nécropole où étaient enterrés les prêtres et les grands personnages de l'époque. Des générations postérieures, sans doute imbues d'autre foi religieuse, -voulurent détruire l'œuvre de leurs prédécesseurs, mais, ne pouvant venir à bout de ces gigantesques masses de pierre qui semblaient les défier, elles se décidèrent avec toute l'énergie de ces races d'alors, vigoureuses et fortes, à cacher ces monuments qui pour elles représentaient le paganisme et l'hérésie : à force de travail et d'hommes elles amoncelèrent sur ces temples, carrés jusqu'alors, tous les matériaux qu'elles purent réunir, ainsi que du sable, de la terre, de la lave, et purent accomplir leur œuvre de transformation, ce qui explique la forme actuelle dé ces pyramides.
Tout près de là se trouvait une ville immense, dont on découvre partout des restes dans la plaine de San Juan. Elle devait être fort étendue et riche, à en juger par les substructions mises à jour par les soins du gouvernement.
Quelle curieuse reconstitution, si le Mexique pouvait consacrer quelques millions à exhumer ce monde inconnu qui est enfoui là depuis des siècles !
Après avoir visité et gravi la pyramide du Soleil,
nous nous dirigions vers celle de la Lune, quand le délégué du ministre, notre guide, nous fit avertir que le déjeuner nous attendait. Sans nous faire prier, nous nous rendons à Tendroit désigné : je descends de cheval, et, avec mes collègues, nous restons étonnés de nous voir dans une plaine nue et aride, avec seulement quelques plis de terrain et quelques arbrisseaux rabougris : nous nous regardions, un peu étonnés, pensant qu'on s'était trompé en nous fixant ce point de rendezvous, quand une voix semblant sortir de terre nous invite à descendre. Je fais deux pas en avant, et dans une encoignure de terrain, sous un petit monticule, j'aperçois un sentier descendant jusqu'à une entrée sombre : je fais signe à mes amis, et nous nous trouvons bientôt réunis dans une grotte extraordinaire, longue d'une centaine de mètres, pas très élevée, trois mètres au plus, et éclairée de chaque côté par des ouvertures remontant vers la surface du sol : une table joliment garnie en occupe la longueur. On se met gaiement à table, et on nous sert un repas exclusivement mexicain et ainsi composé :
Riz à la Mexicaine. — Arros à la Mejicana»
Dindon en salmis. — Mole de Guajalote,
Rôti de mouton pasteur. — Assado de Carnero pastor. Poulet au Ghile. — Polio con Chile»
Haricots rouges. — Frijoles,
Pain de maïs. — Tortillas de maïs,
Pulque de différents crus.
Café de Oaxaca.
Après un nombre incalculable de toasts dans toutes les langues, sauf en russe, nous reprenons notre excur-