‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 45 sur 157 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

compte (les analogies entre l'art zapothëque et Tart oriental ; mais Thomme propose et Dieu dispose.

Le train spécial pour lequel quatre-vingt-sept membres du Congrès se sont fait inscrire, pour prendre part à Texpédition, partait à sept heures du matin; j'avais fait tous mes préparatifs la veille» j'avais emballé mon appareil photographique, mon baromètre, les cartes, plans, tout ce qu'il faut enfin pour faire des recherches intéressantes, quand, par suite d'une erreur de mon garçon d'hôtel, j'arrivai à la gare un quart

d'heure après le départ du train Que faire? Il

n'y a de train que le lendemain, et il faut deux jours jours pour y aller I Bref, je me décidai à manquer l'excursion, me réservant d'aller plus tard, seul, contempler les vestiges des civilisations passées, et je saurai alors, tel Annibal sur les ruines de Carthage, contempler d'un œil sévère, mais intéressé, les colossales ruines qui abritèrent autrefois des races étonnantes par leur laideur et par leur intelligence architecturale.

Pour me dédommager, je reçois à l'hôtel un mot du chargé d'affaires de France qui me demande si je veux l'accompagner au cimetière français, où se célèbre un service commémoratif en l'honneur des soldats français tués pendant la campagne du Mexique. C'est d'ailleurs le jour des Morts.

Le Panthéon français, ainsi se nomme la nécropole, est un des plus jolis endroits de Mexico, situé à deux kilomètres de la ville, au bout d'une immense avenue qui aboutissait auparavant à Chapultepec, avant la création du paseo de la Reforma, et qui servait de promenade : le cimetière couvre une étendue de terrain

Si ONZE MOIS AU MEXIQUE.

considérable, possède de magnifiques arbres et renferme des mausolées et des monuments des plus remarquables; il est entretenu et arrangé comme un jardin anglais; c'est soigné comme un parc hollandais, trop pent-étre, car cela enlève un peu la tristesse de Tidée de la mort : toutes les tombes sont surchargées de fleurs, encadrées de corbeilles où viennent en pleine terre les roses, les tulipes, les géraniums, les mar^ guérites; de petites bandes d'un gazon vert tendre séparent les sépultures; des plaques d'argent brillent au , soleil; le luxe le plus étonnant et partout de très bon goût s'étale à côté de la tombe modeste» mais plus riche peut-être encore avec ses quatre rosiers qui semblent sortir de chez un grand fleuriste de Paris» Des cierges en quantité brûlent de tous côtés; il ne fait pas de vent, et presque tous sont d'ailleurs protégés par des globes en verre. Les allées sont ratissées et bordées de buis taillés aux ciseaux ; en un mot c'est curieux, mais cela ôte l'impression de respect et de recueilment à laquelle on est accoutumé.

Les restes de nos soldats reposent sous un monument en forme de pyramide. Le service est très solennel, et une foule de gens tiennent à faire honneur à la France en s'associant à la cérémonie. Il n'y a pas à se dissi* muler que les Français sont très aimés ici !

5 novembre. — Je viens de subir la loi commune... J'ai franchi le Rubicon de l'interview; j'ai voulu résister, mais j'ai succombé : j'ai essayé d'éconduire poli* ment l'aimable reporter qui est venu me trouver dans ma chambre, mais après avoir reçu de lui l'assurance formelle qu'il lui fallait absolument mes impressions

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