CHAPITRE IV
et qu'en cas de refus il les publierait de son cru , je n'hésitai plus à lui confier les sentiments les plus in-* times de ma pensée sur Mexico, le Congrès des Américanistes, la société, les musées, le Président de la République, la politique, la situation économique, financière et sociale, etc. Vingt-quatre heures après, je figurais en première colonne d'une estimable feuille mexicaine. J'avais même, deux jours après, Thonneur d'avoir mon portrait dans un autre journal !
7 novembre. — Un de mes amis, M. L. G..., député de l'État de Jalisco, me convie à aller faire une expédition à Guadalajarra pour chasser le canard sur les bords du lac de Chiapala, le plus grand du Mexique.
Nous sommes cinq: monamiM.de Y..., lecomteB..., un Parisien de passage ici, M. P..., chargé d'affaires d'Italie, un jeune Mexicain, M. J. A... et notre amphitryon.
A neuf heures du soir, le train nous attend dans la gare de Buenavista, station de départ du chemin de fer central. Tout ici est américain, sleepiug-car, conduc^ teur nègre, state room, ice water; aucun ne parle espagnol ; il faut se décider et rengainer son espagnol pour tirer sa bonne langue de Sheffield... pardon !
C'est ici qu'apparaît, dans toute son horreur, l'impression que le Mexicain est absolument tributaire de son grand voisin pour tout ce qui touche à la circula* tion. La locomotive, la voie, le mécanicien, le chef de gare, tout vient des Etats-Unis, et s'ils n'y prennent pas garde, les successeurs et les dominateurs des Aztèques se verront un jour à leur tour sous le joug de Yankees. Dans l'intérieur, comme dans la capitale, le bar est
américain; les voitures, les chevaux, les cartes, le papier, les objets de nécessité et tous les instruments d'agriculture viennent des Etats-Unis; le parler luimême commence à en ressentir Tinfluence : j*ai noté dans quelques familles mexicaines un accent qui n'est plus espagnol, mais qui n'est pas mexicain. C'est évidemment un voisinage gênant...
Nous sommes quelques remarquables fusils... de nature essentiellement modeste, je désire rester en dehors de cette désignation et je ne me compte pas parmi eux.
A la porte du sleeping-car, un cerbère vigilant nous déclare que nous avons trop de paquets à main ( une quinzaine), dont deux caisses de cartouches, et il en refuse l'introduction.
Je m'efforce de lui faire comprendre que nous sommes sept voyageurs, et il finit par se décider, mais il ne nous permet pas d'introduire nos sept cents cartouches. Au fond, je lui donne raison, etnous cherchons où caser nos explosifs. On les refuse aux bagages; bref, je dis au porteur de les fourrer sous une banquette dans un wagon de première classe, et j'ai, quelques minutes après, l'émotion de voir monter dans ce compartiment un jeune couple qui va juste s'asseoir audessus de notre colis, sans se douter, pendant la délicieuse romance qu'ils continuent de roucouler, qu'ils flirtent sur un volcan. Je n'ose les déranger... Que la nuit leur soit propice!
Le sieeping-car est complet : nous occupons les lits d'en bas ; sur nos têtes von t reposer quelques personnes sans importance dont deux dames : en voyage on est