CHAPITRE IV. IIÔ
gent les bêtes sur leur dos, et vont les déposer aux places assignées à chaque famille, le long des murs, sous un auvent en tuile, dans Timmense cour intérieure de rhacendia. Dès que chacune d'elles a son lot de dix ou vingt têtes, le dépeçage commence, tout le monde se mettant à la besogne, et à dix heures et demie du matin ce travail horrible, dégoûtant, est terminé. Pendant trois heures, j'ai vu couper, dépouiller dépecer, vider ces cadavres pantelants; j'ai vu des mères placer leurs progénitures toutes nues entre deux monceaux de boyaux pour qu'elles n'aient pas froid ; j'ai vu... mais je m'arrête, car le sujet est un peu trop répugnant. Enfin à onze heures les tas sont faits; d'un côté sont les dix têtes enfilées dans un long bâton, de l'autre le suif, puis les os bien rangés, les entrailles, les rognons, les cœurs, les épaules, les carcasses, les viandes soigneusement découpées. A un signal donné par le sifflet de la machine à vapeur, vous voyez tous les Indiens ramasser le suif, le mettre dans des paniers, le charger sur le dos et s'acheminer au fond de la cour vers l'usine à suif. Ils versent le contenu dans de grandes chaudières, et. le lendemain les pains de suif seront prêts, déjà empaquetés dans des caisses clouées et expédiées par des charrettes au chemin de fer. Puis vient ensuite le tour de la viande, qui est transportée, une partie aux cuisines, aux marmites immenses où elle va être cuite et mise en sacs une fois refroidie, et l'autre partie à des séchoirs au soleil, où elle sera salée et ensuite vendue sous le nom de chito. Ce sont de grandes lanières de viande sèche que les Indiens de Tintérieur achètent et avec lesquelles ils font de la
no ONZE MOIS AU MEXIQUE.
soupe ; c'est leur alimentation préférée. La viande cuite ^'appelle le chicharron.
Les os, les boyaux, les cœurs, les entrailles et quelques têtes sont donnés aux Indiens en sus de leur paye. Les peaux sont confiées aux plus habiles, qui, avec le même couteau de la tuerie qu'ils ne lâchent jamais, les grattent, les raclent, les nettoyent, puis on les étale par terre au soleil, poil en dessous, et on leur donne une couche d'un mélange de chaux et d'eau. Au bout de trois jours, on entasse les peaux en ballots et on les expédie par les voies ferrées dans toutes les parties du monde, surtout à New-York, où celles de M. A... font prime. Les têtes sont amoncelées dans un puits en briques dans lequel plonge un gros tuyau en cuivre oii circule un courant de vapeur d'eau. Les têtes se sèchent et se cuisent; elles se vendent alors six centavos chacune à des marchands de l'intérieur qui en remplissent des charrettes.
A deux heures et demie, tout est fini, le patio nettoyé, les femmes et les enfants sont partis avec leur afireuse marchandise qu'elles vont aller étaler au soleil au-dessus de leurs huttes ; à la sortie, elles ont été fouillées par des surveillants, et on leur a fait vider leurs paniers pour vérifier si elles n'emportent que ce qui est permis ; un groupe se forme au centre de la cour; ce sont les hommes qui repartent par rangs de quatre, avec leurs couteaux, en chantant; ils vont de nouveau se rendre au mausolée, puis, cela fait, ils sont libres jusqu'au lendemain matin, où ils recommenceront !
Il est aisé de comprendre que, la nuit suivante, nous