‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 61 sur 157 · CHAPITRE IV. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. m

0I amo / n — et toujours sur le même ton : « Muera, muera la cuarta (1). » Puis, ils se remettent en route vers rhacienda. Parmi eux sont des surveillants, Indiens également, qui sont armés de fouets ou lanières à nœuds avec lesquels ils activent les paresseux et châtient les coupables ou les voleurs : c'est le seul châtiment qu'ils redoutent.

Nous nous habillons à la hâte, et, guidés par un des secrétaires du a maître)) , qui se dispense, et je comprends cela, d'assister à ce spectacle qu'il connaît trop bien, nous grimpons sur le toit d'un des bâtiments qui surplombe de trois mètres environ un des corrales où a lieu la tuerie. On tue à la fois dans deux endroits différents.

Les chèvres ont été parquées dans une enceinte adjacente à cette cour; là elles sont pressées d'une façon horrible, elles étouffent, affolées, bêlant d'une manière désespérée.

Dans le corral, une cinquantaine de nos Indiens de * tout à l'heure attendent, le coutelas large et affilé à la main; de place en place, sur le mur, sont fixées d'énormes torches à résine et à pétrole qui éclairent bien, trop bien, car nous ne perdrons pas une miette de l'horrible scène qui va se dérouler sous nos yeux.

A un signal donné, une nuée d'autres Indiens entrent dans l'enceinte où sont les animaux, et en ressortent l'un après l'autre, étant chacun à cheval sur une chèvre qu'ils tiennent par les deux cornes; en marchant, ils la forcent à avancer et viennent se placer

- (1) Vive, vive, vive le maître ! à mort, à mort le fouet!

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près des sacrificateurs. Arrtcë devant lui, par im brusque mouvemenl en tirant sur lescorDes, l'iDdien mel la chèvre debout sur ses pattes de derrière, offrant sa poitrine au tueur qui lui enfonce le coutelas d'un seul mouvement jusqu'à la garde. Le coup est donné avec tant d'babtieté que le cœur est toujours atteint par la pointe k peu près à la même place.

Le cavalier lâche sa monture, qui fait environ cinq ou six pas, le sang sortant à bouillons de sa blessure, et tombe sans vie sur le sol. Déjà un autre cavalier arrive et ainsi de suite. Cette opération se répète sur tous les points du corrat, chaque tueur ayant cinq ou siï pourvoyeurs : on se figurera la rapidité de cette opération, quand on saura que le sacrificateur est payé à raison de tant de têtes abattues.

Cette chevauchée blanche dans cette enceinte avec ces lumières rouges, cet égorgement, ce massacre, restera comme un des spectacles les plus extraordinaires auxquels il m'aura été donné d'assister! Le silence n'est troublé que par les bêlements et les cris déchirants des victimes à l'agonie, mais le travail est vite fait, et, au fond, c'est humain, caries bétes ne souffrent pas longtemps

A trois heures et demie du matin le sol est jonché de cadavres; alors on s'occupe de les compter, et pour cela on les aligne par dix. A un signal donné, on ouvre les portes, et à ce moment se produit une poussée formidable; ce sont les femmes, les enfants, les parents des égorgeurs qui viennent prendre possession des lots qui leur appartiennent. Elles char-

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