‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 71 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à un procédé qui n'existe, à ma connaissance, qu'ici, on a peu à sévir contre eux, et on peut affirmer que le soldat mexicain ne se plaint pas de son sort.

Voici pourquoi : chaque soldat est autorisé à faire entrer à la caserne, à certaines heures fixées, la compagne de sa vie. Les femmes arrivent en général vers six heures du soir pour passer ta nuit avec leurs époux, et elles sortent de la caserne à cinq heures du matin en hiver, à quatre heures en été. C'est réglé militairement : quand le soldat part en manœuvres, la femme précède le régiment avec ses enfants, la batterie de cuisine, le campement, tout l'attirail du ménage ; si le régiment est d'artillerie ou de cavalerie, la femme part un jour à l'avance ; elle est chargée comme un mulet, mais quand le soldat arrive à l'étape, la cui* sine est en train, Tenfant piaille et la femme attend son époux. En temps de guerre, il en est de même, et on a vu des femmes combattre à côté des troupiers. Si on essayait de supprimer cette coutume, il n'y aurait plus d'armée au Mexique. C'est une des rares contrées ou le texte du Code soit aussi strictement suivi au pied de la lettre : la femme doit suivre son mari, etc.

Le bataillon des zapadores miuadores, sapeurs du génie, est un régiment d'élite composé d'engagés volontaires, de sous-officiers et de gensqui n'ont pas subi de condamnations. Ce régiment sert ici de garde prétorienne.

La caserne est située dans le palais national ; elle est fort spacieuse et bien aménagée; les hommes sont presque tous blancs ou métis : ils sont robustes, vigoureux ; l'engagement est de cinq ans, et ils peuvent

rengager. La vie est ainsîréglée: lèvera cinq heures en hiver, quatre heares en été : corvée de propreté. — Café et pain. — Manœuvres, maniement d'armes. — Ecole d'instruction primaire obligatoire. — Gymnastique, etc. — Déjeuner : un pain, une ration de viande, du riz à volonté et une ration de pulque. Après déjeuner, exercices, revues, parades, etc. — A cinq heures, soupe, ration de légumes, unpain. Asixheuresdu soir arrivent les femmes : elles entrent et vont retrouver leurs époux.

Les soldats n'ont pas de lits; ils dorment sur une pièce de forte toile étendue par terre qui appartient à rhomme, et sur laquelle il s'étend roulé dans sa capote et dans sa couverture, ayant à ses côtés sa tendre moitié. Ils couchent en général dans les chambrées, mais il peuvent cependant, quand il fait beau, dormir dans les cours, dans les corridors; au réveil, les femmes doivent filer comme un vol de mouettes dont elles ne possèdent pas précisément la blancheur. Le spectacle vaut la peine d'être vu, car ce dédoublement de l'effectif pour la nuit n'est pas chose ordinaire.

Le commandant du bataillon, qui nous a fait visiter sa caserne en détail, a rang de général; il a fort bien dressé ses hommes : les officiers logent presque tous à la caserne et possèdent chacun dans leur chambre un télégraphe Morse avec lequel ils correspondent avec leurs camarades.

Le régiment possède un matériel extraordinaire de ponts, trois locomotives Decauville et cent kilomètres de voies portatives. Il ne leur manque que le ballon, mais cela viendra certainement.

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