‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 70 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avec ses ponts hardis ei ses courbes accentuées...

Après Esperanza Téclaircie se rembrunit, etnous nous replongeons dans notre bain de sable, car le wagon est devenu une véritable baignoire. Le trajet dure quatre heures et demie, et on arrive à Mexico transformé en albinos.

Mexico est en fête : on a commencé les posadas. Depuis longtemps la coutume veut que, pendant les derniers jours de Tannée, on sorte un peu de Tengourdissement où Ton vit et que Ton se livre au plaisir. On se réunit chiez une famille qui donne alors une a posada » : on joue à différents jeux, on se déguise, on fait des charades, on soupe et on danse : deux jours après, les mêmes personnes se transportent chez une autre famille, et cela recommence ainsi pendant une semaine. A la fin de ce laps de temps, les jeunes gens qui ont été invités partout se cotisent à leur tour et donnent un grand bal, mais ils choisissent comme local Thôtel ou Tappartement d'un de leurs hôtes, le plus grand, naturellement : celui-ci cède sa maison de la meilleure volonté possible, et la fête bat son plein!

C'est gai, amusant au possible, et on peut juger de ce que serait cette capitale si on voulait s'animer un peu le reste de Tannée. Ces posadas se font partout, chez le riche comme chez le pauvre : on tire dans ces réunions des pinatas, c'est-à-dire que Ton suspend au plafond des gros sacs en papier dorés ou enjolivés de toutes formes, remplis de bonbons ou de cadeaux, et qu'on éventre en tirant une ficelle : tout ce qui tombe est partagé entre les assistants.

La plaza Mayor est pleine de marchands qui vendent

des pinatas : il y en a qui ont la forme de navires, d'autresde personnages, de chevaux, d'éléphants, toutes en papier, confectionnées par les Indiens qui y ont mis tous leurs efforts d'imagination ; aussi est-ce à la fois grossier comme travail et naïf au delà de toute expression.

Une animation inouïe se note parmi les promeneurs, les passants : c'est l'approche du jour de Tan, et ici, comme partout ailleurs, on éprouve le besoin de se faire des cadeaux : les magasins de confiserie ne désemplissent pas; les sacs du plus mauvais goût se disputent les meilleures places à l'étalage. Tout se vend, car on n'est pas encore très raffiné et on aime bien ce qui tire l'œil, le clinquant. Les vitrines regorgent de jouets, hélas! tous allemands, la France ne pouvant produire à des prix aussi ridiculement bas!

Z janvier. — Grâce à Textrême obligeance du général Mena, ministre du commerce, j'ai pu voir de près quelques régiments mexicains et les étudier.

L'armée est étrangement composée : il n'y a pasna* turellement de service obligatoire ; tous les vagabonds, les sans travail, les meurt-de-faim sont enrôlés de force dans la troupe. Les corps d'élite seuls ont un recrutement à part, les ruraux, les zapadores minadores (génie), et l'artillerie.

Le système actuel est intelligent, car on a ainsi sous la main des gens qui pourraient être un danger pour le pays : on les loge, on les habille, on les nourrit; ils 3ont heureux et font de bons soldats. A la moindre faute, ils sont punis sévèrement, et, s'ils commettent un acte grave, on les fusille vivement. Cependant, grâce

Page 1