CHAPITRE VI
m^asseoir près d'elles, mais sans compter lier connaissance.
— Vous êtes Français, monsieur? me dit tout à coup Tune d'elles en se tournant de mon côté.
— Oui, mademoiselle.
— De Paris, n'est-ce pas?
— A quoi voyez-vous cela?
— A vos bagages et à votre sac de nuit.
— Oui, vous autres, vous en avez toujours trop. J'ai vu passer les vôtres, et je n'ai plus douté. Ah ! Paris!... (Un soupir.)
— Vous le connaissez ?
— J'ai été élevée, ainsi que mes sœurs, chez Mlle Georges, à KFeuilly. Si vous saviez comme je regrette de ne plus y être! n'est-ce pas, Clary, que nous le regrettons ?
Les deux sœurs soupirèrent à qui mieux mieux.
— Voulez-vous savoir pourquoi nous sommes ici ? reprit mon interlocutrice.
. — Si cela vous est agréable.
— Nous sommes venues à Mexico prendre des leçons de peinture chez un peintre espagnol déjà célèbre, don Ignacio Tremulo; nous sommes restées trois mois, et nous retournons chez nous à Denver, Colorado. Maman nous avait confiées au soin d'une cousine qui habite Mexico, et nous revenons tranquillement seules.
— Ah!
— Cela vous étonne?
fff
— Oui, n'est-ce pas? mais nous ne sommes pas peu
UO Or^ZE MOIS AU MEXIQUE.
reuses. Nous vous avons vu au Congrès des Américanistes, à une séance ou vous avez lu quelque chose, le procès-verbal, je crois. Savez-vous Tespagnol? ajoutât-elle avec une malice souriante.
— Mademoiselle, vous n'êtes guère indulgente pour moi, et je n'ai rien fait jusqu'ici pour vous déplaire.
— Mais vous ne nous déplaisez pas du tout! J'ai voulu vous pousser une pointe et vous faire parler, car jusqu'ici c'est moi qui fais les frais, et vous ne répondez que par des monosyllabes. Où allez-vous?
— A Queretaro.
— Pourquoi faire?
— Pour voir Queretaro.
— Venez donc avec nous jusqu'à Denver ; maman sera très heureuse de vous recevoir; vous vous y amuserez bien plus qu'à Queretaro. On sera ravi là-bas de voir un Américaniste parisien.
Décidément, cette petite se moquait de moi.
Je me crus obligé, à cette dernière boutade, de rompre l'entretien, car nous allions évidemment nous disputer, et l'idée d'une réconciliation me faisait peur.
— Mesdemoiselles, je suis obligé de vous quitter, ear il est tard, et je suis désolé, croyez-le, de ne pouvoir changer mon itinéraire; mais laissez-moi votre adresse, et je vous promets à mon retour de passer par Denver.
— Je compte sur vous, voici ma carte.
Et elle me tendit un petit rectangle de papier bien glacé en me donnant un shake^hand vigoureux. J*y lus ces mots : u Clary Mabel , Agnès Smithson , Denver, Colorado. U. S. w