‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 75 sur 157 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Elle était bien gentille, cette petite Yankee. La reverrai-je jamais? Je rentrai dans mon élégant réduit où, quelques minutes après, j'oubliais les États-Unis et ses délicieux produits.

A six heures et demie, je suis réveillé par le nègre qui me prévient que nous arrivons à Queretaro : il fait à peine jour, et la température est froide.

Pas de voiture à la station : le chef de gare envoie un gamin en chercher une. Au bout d'une demi-heure arrive un véhicule disparate aux roues fêlées, traîné par deux petits mulets, qui me transporte jusqu'à Thôtel.

Queretaro ! ville dont le nom restera à jamais célèbre par la triste fin de l'empereur Maximilien et de ses deux fidèles généraux. Queretaro! qui fut à la fois le berceau de l'émancipation politique du pays et le tombeau du plus infortuné des monarques. C'est dans cette ville aussi que fut ratifié le traité de paix avec les États-Unis. Au moment de la guerre de 1847, on avait transporté dans cette ville les pouvoirs publics, et ce fut au numéro 3 de la rue San Antonio que fut signé ce traité le 30 mars 1848 ; c'est là que Maximilien lutta de ses derniers efibrts ; c'est laque Miguel Lopez se couvrit de honte par sa trahison.

On se souvient encore du terrible siège mis devant la ville parle général Escobedo, commandant les forces républicaines. Le 24 février 1867, Maximilien était à Queretaro avec une armée qui ne comptait plus que 9,000 hommes environ et 35 pièces de canon : le général Miramon commandait l'infanterie, le général Mejia la cavalerie, et le colonel Arellano l'artillerie.

Le 4 mars, on signalait que l'ennemi se rapprochait :

142 ONZE MOIS AU MËX^QtE.

l'Emperear avait établi son camp au Cerro de las Campanas, lieud'où Ton dominait lesenvirons et les hauteurs qui entouraient la ville ; le ] 4 mars eut lieu la première rencontre; les républicains furent repoussés par les impériaux.

Le plan de l'Empereur et du général Miramon était de livrer uue bataille décisive, eu prenant Tofiensive. Le jour fut fixé au 18 mars, mais, par une malheureuse suite de circonstances, Maximilien arrêta le mouvement d'attaque déjà dessiné par Miramon, qui, malgré ses supplications et ses démonstrations, ne put le convaincre et fut obligé de faire cesser son mouvement en avant. Ce point n'a jamais été élucidé complètement. On se borna donc à rester sur la défensive, laissant Tennemi bloquer étroitement la ville. An milieu d'avril, la situation était atroce : la faim se faisait cruellement sentir ; les vivres étaient épuisés. Le 20, Miramon obtint de faire une sortie; il put s'emparer de quinze pièces de canon et introduisit quelques vivras dans la place, mais non sans pertes, car le combat du cimetière fut acharné et coûta la vie à beaucoup de monde : les autres sorties n'eurent pas de résultat, et il demeura impossible de briser le cordon tressé par l'ennemi autour de Queretaro.

Les forces de l'assiégeant se montaient à trente mille hommes le 15 mai : c'est à cette date que la trahison du général Miguel Lopez vint hâter le dénouement; le couvent de Santa Cruz, la clef de la ville, fut livré par ce triste personnage, moyennant la somme de trente mille pesos, au général Escobedo, au moment où l'Empereur se disposait à exécuter une sortie définitive.

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