MAURICE, LA PRINCESSE
LA PRINCESSE, après avoir attendu que toutes les portes se fussent refermées, se rapprocFiant vivement de Maurice.
Enfin donc, on vous revoit : Depuis deux mois, pas une seule ligne de vous; c'est par la duchesse d'Aumont que j'ai appris votre retour, et j'ai cru que je ne recevrais pas votre visite.
MAURICE
Ma première a été pour vous, princesse... arrivé cette nuit...
LA PRINCESSE
Vous n'avez vu, de la matinée, personne encore?...
Que le secrétaire d'État au département de la guerre... (Ayant rair de chercher.) le cardiual-miuistre... et le premier commis, qui, tous, du reste, m'ont assez mal accueilli et m'ont donné peu d'espoir !
LA PRINCESSE
D'autres vous ont dédommagé !
MAURICE
Que voulez-vous dire?
132 ADRIENNE LECOrVREUR.
LA PPilNCESSEj qui, depuis le commencempnt de la scène, a tenu les yeux fixés sur un bouqu: t que Maurice porte à la boutonnière de son habit.
Je ne m'imagine pas que ce soit le secrétaire trÉtat ou le cardinal-ministre qui vous ait donné ce bouquet de roses.
MAURICEj avec embarras.
C'est vrai!... je n'y pensais plus! tous voyez tout!
LA PRINCESSE
De qui vous viennent ces fleurs?
MAURICE, riant.
De qui?... Eh! mais, d'une petite bouquetière... fort jolie, ma foi... que j'ai rencontrée presque aux portes de votre hôtel, et qui m'a supplié si vivement de le lui acheter...
LA PRINCESSE
Que vous avez pensé à moi...
Oui^ princesse!
LA PRINCESSE
Quel aimable souvenir!... j'accepte, monsieur le comte, j'accepte...
MAURICE, avec embarras^ le lui présentant.
Vous êtes trop bonne!...
LA PRINCESSE, à voix hante, et feignant de l'admirer.
Il est charmant!... L'essentiel, en ce moment, quoique peutêtre vous méritiez peu qu'on s'occui)e de vous... est de songer à vos intérêts... vous dites que le cardinal-ministre... vous a mal accueilli...
MAURICE
fort mal.
LA PRIINCESSE.
Je verrai à faire changer ses dispositions. On vous accordera vos deux régiments.
MAURICE
S'il était vrai!
LA PRINCESSE
J'irai à Versailles... et, pour vous tenir au courant de ce que j'aurai fait, de ce que j'aurai appris. . .
MAURICE
Je viendrai ici...
LA PRINCESSE
Ici... non! la foule des curieux et des importuns, sans compter mon mari, ne me laisse pas un instant de liberté. Mais, écoutez-moi : M. le prince de Bouillon a acheté pour la Duclob une