‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 12 sur 353 · BOUVARD, ALBERT · texte numérisé non relu

BOUVARD, ALBERT

BOL^'ARD, redescendant le théâlre.

J'aime à citer... cela vous donne un vernis de littérature qui sied bien... même à un libraire. (S'adressant à Albert.) Pardon, Monsieur, de vous avoir fait attendre... Je n'étais pas non plus fâché de vous montrer... en quelle estime et sur quel pied je suis placé auprès des plus grands personnages! Revenons à vous... et à votre roman écrit en Algérie... au bivouac... et au milieu des coups de fusil.

ALBERT

C'est inutile. Monsieur... j'y renonce!

BOUVARD

Et pourquoi donc? quand vous venez d'entendre...

ALBERT

Ce que c'était que la gloire... et comment on en faisait...

BOUVARD

Ça n'est pas plus difficile que cela!

ALBERT^ à part.

Ah ! mon vieux monsieur avait raison!... Adieu.

BOUVARD

Oij allez-vous donc?

ALBERT

Prendre l'airr.. et tâcher d'oublier!... Quoi! voilà les grands hommes que l'on proclame, que l'on encense? et dont vos journaux, échos complaisants ou soldés, répètent chaque jour les noms... en criant : Prosternez-vous!... Quoi ! nous vivons dans un pays où, avec de l'argent et de l'impudence, on peut avoir de l'honneur et dire hardiment : Il est à moi!... je lai payé! Quoi ! partout fausseté et mensonge...

Eh ! de grâce, à qui en avez-vous?

ALBERT

A qui? à vous d'abord, qui ne craignez pas de donner cent écus à une pauvre veuve, pour un manuscrit de son mari, que vous vendez vingt mille francs!

BOUVARD

C'est la chance du commerce !

ALBERT

A vous, qui pour avoir édité les ouvrages d'un grand seigneur, pour n'être jamais sorti de votre boutique, quai .Malaquais, pour avoir remué ou ficelé des ballots de livres... aspirez à la croix d'honneur...

BOUVARD

Je la demande... seulement.

ALBERT, avec indignation.

C'est déjà trop d'oser la demander! J'ai cinq blessures. Monsieur, et je ne la demande pas... j'attends!

BOUVARD

Eh bien !... vous verrez, Monsieur... vous verrez! je ne vous dis que cela.

ALBERT

Adieu ! . . . (Il se précipite vers la porte de la rue et rencontre Maxence de La Roche- Beri'.a.il qui entre en ce nioiin.'nt.)

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