BOUVARD, ALBERT
BOL^'ARD, redescendant le théâlre.
J'aime à citer... cela vous donne un vernis de littérature qui sied bien... même à un libraire. (S'adressant à Albert.) Pardon, Monsieur, de vous avoir fait attendre... Je n'étais pas non plus fâché de vous montrer... en quelle estime et sur quel pied je suis placé auprès des plus grands personnages! Revenons à vous... et à votre roman écrit en Algérie... au bivouac... et au milieu des coups de fusil.
ALBERT
C'est inutile. Monsieur... j'y renonce!
BOUVARD
Et pourquoi donc? quand vous venez d'entendre...
ALBERT
Ce que c'était que la gloire... et comment on en faisait...
BOUVARD
Ça n'est pas plus difficile que cela!
ALBERT^ à part.
Ah ! mon vieux monsieur avait raison!... Adieu.
BOUVARD
Oij allez-vous donc?
ALBERT
Prendre l'airr.. et tâcher d'oublier!... Quoi! voilà les grands hommes que l'on proclame, que l'on encense? et dont vos journaux, échos complaisants ou soldés, répètent chaque jour les noms... en criant : Prosternez-vous!... Quoi ! nous vivons dans un pays où, avec de l'argent et de l'impudence, on peut avoir de l'honneur et dire hardiment : Il est à moi!... je lai payé! Quoi ! partout fausseté et mensonge...
Eh ! de grâce, à qui en avez-vous?
ALBERT
A qui? à vous d'abord, qui ne craignez pas de donner cent écus à une pauvre veuve, pour un manuscrit de son mari, que vous vendez vingt mille francs!
BOUVARD
C'est la chance du commerce !
ALBERT
A vous, qui pour avoir édité les ouvrages d'un grand seigneur, pour n'être jamais sorti de votre boutique, quai .Malaquais, pour avoir remué ou ficelé des ballots de livres... aspirez à la croix d'honneur...
BOUVARD
Je la demande... seulement.
ALBERT, avec indignation.
C'est déjà trop d'oser la demander! J'ai cinq blessures. Monsieur, et je ne la demande pas... j'attends!
BOUVARD
Eh bien !... vous verrez, Monsieur... vous verrez! je ne vous dis que cela.
ALBERT
Adieu ! . . . (Il se précipite vers la porte de la rue et rencontre Maxence de La Roche- Beri'.a.il qui entre en ce nioiin.'nt.)