ACTE II, SCÈNE V. 45i
ADRlENNEj avec admiration.
Vous pensiez à Corneille ?
MAURICE
Non pas à lui, mais à vous, qui l'interprétez si bien!
ADRIENNE
Et ce petit exemplaire de La Fontaine, que je vous avais donné en partant?
MAURICE
Il ne m'a jamais quitté... il était là, toujours là... à telles enseignes qu'il m'a sauvé d'une balle dont il a gardé l'empreinte... voyez plutôt?
ADRIENNE
Et vous Tavez lu ?
MAURICE
Ma foi, non !
ADRIF.>>E.
Pas même la fable des Deux Pigeons, que je vous avais recommandée ?
MAURICE
C'est vrai... mais, pardonnez-moi, ce n'est qu'une fable
\DRIENNE, d'un air de reproche.
Une fable! vous ne voyez là qu'une fable! (Récitant.) Deux pigeons s'aimaient ..
(Avec expression.)
D'un amour tendre.
MAURICE
t^omme nous !
ÀDRIENNE.
L'un deux, s'ennuyant au logis.
Fut assez fou pour entreprendre Un. voyage en lointain pays!
MAURICE, r
Comme moi !
ADRIENNE
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire?
Voulez-vous quitter votre frère?
L'absence est le plus grand des mauxl Non pas pour vous, cruel!
MAURICE
Est-ce qu'il y a cela?
4u2 ADRIENNE LECOUVREUR.
ADRIEN>E, ftontinuint.
Hélas! dirai- je, il pleut !
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.
Bon souper, bon gîte et le reste I
MAURICE^ vivement.
Le reste ! ah ! après? après ?
ADRIENNEj souriant.
Après? (Avec finesse.) Ah ! Cela vous intéresse donc, Monsieur? et si je vous disais les malheurs de celu.i qui s'éloigne... et plus encore^ ingrat^ les tourments de celui qui reste... (Vivement.) Non, non !
Voilà nos gens rejoints, et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils paj'èrent leurs peines î
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager !
Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monrle toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ; Tenez-vous lieu de tout., comptez pour rien le reste.
MAURICE
Ah! quand c'est vous qui lisez, quelle différence! c'est bien mieux que La Fontaine !
ADRIENNE
Impie!
MAURICE
A votre voix, mon cœur s'ouvre, mon intelligence s'élève, tout me devient facile!
ADRIEISNE, souriant.
Tout!... même l'orthographe!
A quand ma première leçon ?
ADBIENNE.
Ce soir, après le spectacle, venez me chercher... voîci mon entrée,
MAURICE
Adieu !
ADRIENNE
Vous allez dans la salle?... (Vivement.) Vous m'écoulerez... (Avec tendresse.) Tu me regarderas?
MAURICE
Aux premières, à droite.