ACTE III, SCÈNE II
chargé messieurs de la police de ne pas vous perdre de vue.
3IAURICE.
Voilà donc pourquoi Ton m'a suivi ce soir... je suis fâché alors de n'avoir pas coupé les oreilles !...
LA PRINCESSE
A ces espions?... Mais leurs oreilles, c'est leur place! des pr TS de famille peut-être! Fi donc!... Mais ce n'est pas tout, 1" nbassadeur moscovite veut également découvrir à tout prix ce M. de Kalkreutz qui doit être à Paris.
Et pourquoi?
LA PRINCESSE
Pour lui acheter sa créance,, se mettre en son lieu et place, et vous faire mettre en prison
MAURICE
Une belle vengeance !
LA PRINCESSE
Mieux que cela, un coup de maître; car, vous prisonnier, la Coiirlande, dont le souverain est en gage, est livrée aux intrigues de la Russie, les conjurés n'ont plus de chef, les troupes se dispersent.
MAURICE
C'est ma foi vrai!... que faire!
LA PRINCESSE
J'y ai déjà pensé... J'ai obtenu de M. le lieutenant de police, qui me doit sa place, que s'il découvrait la demeure de M. de Kalkreutz, on m'en donnerait d'abord avis à moi, qui vous en préviendrai... Alors, vous irez trouver M. de Kalkreutz...
MAURICE
Pour mo battre avec lui.
LA PRINCESSE
Non, niiis pour prendre des arrangements. Le plus simple de tous, serait de le payer.
MAURICE
Et comment? je n'ai pas soixante-dix mille livres disponibles.
LA PRINCESSE, avec affection.
Hélas ! ni moi non plus !
MAURICE
Et d'ailleurs, je n'accepterais pas. Il n'y a donc qu'un moyen qui me couvieime.
166 ADRIENNE LECOUTRETTR.
LA PRINCESSE
Lequel?
MAURICE
Laissant la Moscovie, la Suède et la police s'enlacer miituellemenl < ^.iS leurs intrigues, auxquelles je n'entends rien, je gars demain.
LA PRINCESSE
Vous partez?..,
MAURICE
Ce n'était pas mon dessein, mais une partie de mes recrues est déjà disséminée sur la frontière, et vos huissiers n'auront pas beau jeu contre mes houlans; c'est là que j'irai me réfugier! Le brevet que vous m'avez obtenu double les droits de mes sergentsrecruteurs, qui enrôlaient déjà sans permission; jugez maintenant, avec autorisation et privilège du roi !... Nous allons lever en masse toute la frontière... Je sais bien qu'à Versailles et ailleurs i] y aura du bruit, des réclamations, l'ordre de suspendre... Je Yais toujours! Des notes diplomatiques?... j'intercepte... Des couiriers?... je les enrôle dans ma cavalerie.... Et, lorsqu'enfm les chancelleries européennes seront en mesure '.'échanger des protocoles, la Courtaude sera envahie, et les T i i.*res de Menzikoff dispersés par les escadrons français : voilà mon plan !..•
LA PRINCESSE
Il n'a pas le sens commun.
Permettez?... S'il s'agissait de l'ordonnance a une fête ou d'un quadrille de bal, je demanderais vos conseils; mais dès qu'il s'agit de cavalerie et de manœuvres, je prends tout sur moi.,, cela me regarde.
LA PRINCESSE, s'animant.
Non, à peine arrivé, vous ne quitterez pas Paris! ^est bien le moins que vous y restiez quelques jours encore; que votre présence et votre affection me dédommagent enfin de ce que j'ai fait pour vous et des jours que je vous ai consacrés.
MAURICE
Princesse, entendons-nous! Je n'ai jamais été ingrat, et dans ce moment où je vous dois tant, manquer de franchise, serait manquer de reconnaissance; ce matin déjà, car moi je ne sais pas tromper... je voulais tout vous dire et vous avouei-.- ^
LA PRINCESSE
Oiie vous en aimez une a Jiv.t