ACTE III, SCÈNE II
MAURlCEj Tivement.
Qui ne vous vaut pas, peut-être?
LA. PRINCESSE, en cherchant à se modérer.
Et quelle est-elle?..... (Avec explosion.) Quelle est-elle?... Répondez... car vous ne savez pas ce dont je suis capable.
MAURICE
C'est justement pour cela que je ne veux pas vous la nommer. (D'un ion conciliant.) Mals au licu d'emportcmeut et de menaces, pourquoi ne pas se parler de franche amitié, pourquoi surtout ne pas se dire loyalement la vérité? Jamais je n"ai vu de femme plus aimable que vous, plus séduisante, plus irrésistible, et pourquoi? C'est que vos chaînes ne semblaient tressées que de fleurs, c'est que, gracieuses et légères, elles retenaient un heureux et non pas un captif... c'est que toujours prête à les briser, votre main coquette ne craignait pas d'en détacher parfois quelques feuilles.
LA PRINCESSE
Maurice !
MAURICE
J'ai juré de tout dire. C'est sous l'empire d'un pareil traité, que le plaisir, un jour, nous a souri, car ni vous ni moi, n'avions pris au sérieux un semblable sentiment, et nos liens volontaires ont eu d'autant plus de durée que chacun de nous s'était réservé le droit de les rompre; le reproche est donc injuste, où il n'y eut point de serment, il n'y a point de parjure. (Avec chaeur.) 11 y en aurait, si je manquais à l'amitié et à la reconnaissance que je vous ai vouées. De ce côté-là, j'en jure par l'honneur, je me crois engagé. Pour le reste je suis libre.
LA PRINCESSE
Pas de me trahir, perfide !
MAURICE
Ah ! prenez garde, princesse, je finis toujours par conquérir les libertés que l'on me contesle.
LA PRINCESSE
C'est ce que nous verrons, et dussé-je vous perdre vous et celle que vous me préférez; dussé-je, pour la connaître, tout sacrifier...
MAURICE
Écoutez donc... ce bruit dans la cour...
LA PRINCESSE
Un bruit de voiture!
Est-ce que vous attendez quelqu'un?
LA PRINCF.SSE.
Eh! non, vraiment... Mademoiselle Duclos, qui, seule, peut venir ici, ne s'en aviserait pas, sachant que nous devions nous y trouver.
MAURICE, à la princesse, qui s'approche de la croisée, à droite.
Voyez donc... par la fenêtre du jardin, vous qui connaissez cette maison...
LA PRINCESSE, redescendant vivement,
0 ciel ! c'est mon mari !
MAURICE
Que dites- vous?
LA PRINCESSE
Le prince de Bouillon ''en suis sûre... je l'ai vu, descendstnt de voiture
MAURICE
Qu'est-ce que cela signifie?
LA PRINCESSE
Je l'ignore... Mais il n'est pas seul, d'autres personnes l'accompagnent, que la nuit ne m'a pas permis de distinguer...
MAURICE
Je les entends!... elles montent cet escalier!
LA PRINCESSE
C'est fait de moi !
MAURICE, remontant vers le fond-
Non, tant que je serai près de vous.
LA PRINCESSE
Il ne s'agit pas de me défendre, mais d'empêcher que je sois vue dans cette maison!... Si le prince, si quelqu'un au monde se doute que j'y ai mis les pieds... je suis perdue de repu tation!...
MAURICE
C'est vrai!
LA PRINCESSE
Ils viennent... (Montrant la porte à droite.) Ah! de cc côté...
MAURICE
Où cela conduit-il?
LA PRINCESSE, traversant le théâtre et s'élançant dans le cabinet à droite.
A un petit boudoir !