‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 152 sur 353 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MlCnONNET, L'ABBÉ, ADRIENNE.

L ABBE, entrant par le fond.

Que vois-je?... mademoiselle Lecouvreur chez M. le prince de Bouillon!... Est-ce que cela nous annoncerait un contreordre?... Est-ce qu'on ne vous verrait pas ce soir?...

ADRIENNE

Si, vraiment! plus que jamais je dois tenir ma parole à M. le prince, et je viendrai.

Je respire ! car je connais des dames qui se font une grande fête de vous voir et de vous entendre; par malheur, il pourra bien vous manquer un de vos enthousiastes, de vos fanatiques...

MICHONNET.

Qui donc?

l'abbé.

Ce pauvre comte de Saxe !

ADRIENNE, à part.

Qu'entends-j6?

l'abbé.

Il lui arrive l'aventure la plus piquante et la plus originale... Mon état est d'apprendre les nouvelles et de les répandre, et je tiens celle-ci de bonne source... Imaginez-vous qu'il ne s'agissait de rien moins, pour lui, que de partir cette semaine pour conquérir la Courlande, et de là, devenir grand-duc... roi, que sais-je? (Riant.) Et vous ne devineriez jamais qui lui enlève sa couronne? qui l'arrête au milieu de sa conquête?

MICHONNET.

Non!

L abbé, riant toujours.

Une lettre de change de soixante-dix mille livres.

MICHONNET, étonné.

Comment dites- vous?

ADRIENNF LECOUVREUR.

Que raiTihassadeiir de Russie a rachetée par dessons maîn, afin de vaincre par huissier et de faire prisonnier, sans combats, le généra] qu'il redoutait.

MICHON!SET, étonné.

Ce n'est pas possible !

L ABBÉ, riant tonjoars.

Je Yous l'atteste! et le plus curieux... c'est que cette lettre de change était d'abord entre les mains d'un comte de Kalkreutz...

MICHONNET, vivement.

Un Suédois!

L'ABBé.

Vous le connaissez?

MICHONNET, avec colère et regardant Àdrlenna.

Oui... certes...

l\bbé.

Et il paraît que c'est une maîtresse du comte de Saxe, une grande dame!...

ADRIENNE, vivement.

Une grande dame!...

l'abbé.

Que par malheur je ne connais pas encore, mais que j'espère bien découvrir... qui, dans un transport de jalousie, a dénoncé ce fait à l'ambassadeur tartare; de sorte qu'en ce moment le héros saxon, sans sceptre et sans arméo, gémit sous les verrous, attendant que la politique ou l'amour vienne le délivrer... Voilà l'aventure primitive, je vous la donne... je vous la livre... permis à vous de l'embellir et de l'orner... Je vais la confier aux méditations de M. de Bouillon... un savant qui aime à traiter ces

sujets-là. [U sort par la porte à gauche ; Michonnet remonte après lui le tlieâtre, le suit des yeux quelques instants, puis redescend à droite.)

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