ACTE W, SCÈNE IV. 49i
MICHONNET,
Et que tu veux délivrer ?
ADRIENNE, de même.
Oui.
MICHONNET.
Au prix de ta fortune?
ADRTENNE, avec passion.
Au prix de tout raon sang !
MICHONNET.
Mais tu n'as donc pas entendu qu'il ne f aimait pas, qu'il en aimait une autre?
ADRIENNE
Je le sais.
Et tu oses me l'avouer... et tu n'en rougis pas...
ADRIENNE
Ail ! vous ne pouvez pas comprendre, vous, qu'on aime sans le vouloir et malgré soi.
MICHONNET, vivement.
Si!
ADRIENNE
Cherchant à le cacher à tous et à soi-même... en rougissant de honte, de cette honte qui est encore de l'amour.
MICHONNET, avec passion.
Si, si, je le comprends !... pardon, Adrienne, c'est moi qui suis un in-ensé de t'avoir parlé ainsi. Mais qu'espères-tu?
ADRIENNE
Rien!... (Avec amour.) quc de le sauver!... Et puis, ne nous at-on pas parlé tout à l'heure d'une rivale, d'une grande dame?
MICHONNET.
Celle au bracelet, sans doute, celle qu'il te préfère et pour laquelle il t'a trahie.
ADRIENNE, portant la main à son cœur.
C'est vrai ! mais ne me le dites pas, c'est comme si vous me frappiez là d'un fer froid et aigu, et ce n'est pas votre intention.
MICHONNET, vivement et avec bonté.
Oh ! non, non ! tu ne peux le croire.
ADRIENNE
Cette rivale, je veux la connaître. (Avec énergie.) Je la connaîtrai ! pour lui dire : C'est par vous qu'il fut prisonnier, c'est par moi
492 ADRIENNE LECOITVREUR.
qu'il a recouvré la liberté, même celle de vous voir, de vous aimer, de me trahir encore... Jugez vous-même, Madame, qui de nous aimait le mieux.
MICHONNET.
Et lui?
ADRIIî^NE, avec mépris.
Lui!... il m'a trompée, j'y renonce à jamais!
MICHOMSET, avec joie.
Bien cela!... Mais alors, réponds-moi, pourquoi tout sacrifier à un ingrat?
ADRIENNE
Pourquoi? vous me le demandez! La vengeance m'est-elle donc interdite et ne m'est-il pas permis de la choisir? N'avezvous pas entendu tout à l'heure qu'il s'agissait pour lui en ce moment de combattre, de vaincre, de gagner un duché... peutêtre une couronne... Et songez donc, ami, songez, s'il me la devait!... s'il la tenait de ma main! Roi, par la tendresse de celle qu'il a abandonnée et trahie!... Roi, par le dévouement de la pauvre comédienne!... Ah! il aura beau faire, il ne pourra m'oublier ! A défaut de son amour, sa gloire même et sa puissance lui parleront de moi ! Comprenez-vous à présent ma vengeance?
« Comblé de mes bienfaits, je veux l'en accabler! »
0 mon vieux Corneille! viens à mon aide! viens soutenir mon courage, viens remplir mon cœur de ces élans généreux, de ces sublimes sentiments que tu as tant de fois placés dans ma bouche. Prouve-leur à tous que nous, les interprètes de ton génie, nous pouvons gagner au contact de tes nobles pensées... auli'e chose que de les bien traduire! Ce que tu as dit, je le ferai! (A Michonnet.) Allcz, courcz Ic délivrer! Je vous attendrai chez
moi. (Elle sort par le fond.)