ACTE Vf, SCÈNE IX
LA PRINCESSE, regardant du côté d'Adrieui
Je crois que vous nous flattez d'un vain espoir, il ne viendra pas. (A part) Elle a tressailli... elle écoute...
LE PRINCE
Qui vous le fait croire ?... qui vous l'a dit, puisqu'il eot libre... libre par les mains de l'amour.
lA PRINCESSE, à pan, observant Adrienne.
Elle tressaille encore! serait-ce elle qui Taurait délivré? (Haut.) Je n'ai pas voulu tout à l'heure troubler vos espérances, ni attrister ces dames, mais vous savez qu'il s'est battu.
ADRIENNE, à part.
Battu !
LÀ PRINCESSE, à part.
Elle se rapproche. (Haut.) Et l'abbé, qui sait tout, m'a dit... que le comte était blessé dangereusement.
L ABBÉ, étonné.
Moi
LA PRINCESSE, bas, à l'abbé.
TaiSeZ-VOUS ! (Poussant un cri, et courant auprès d'Adiienne, qui vient de tomber
évanouie dans un fauteuil.) Mademoiselle Lccouvreur se trouve mal.
MICHONNET, se précipitant vers elle.
Adrienne !
LA BARONNE ET LA MARQUISE, passait derrière le fauteuil d' Adrienne,
Ah ! mon Dieu.
ADRIENNE, revenant à elle.
Ce n'est rien... l'éclat des lumières... la chaleur du salon.
(A la princesse, qui lui fait respirer le flacon.) Mcrci, Madame, qUC dC bOQtéS. (Rencontrant ses yeux.) Qucl regard !
UN DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur le comte de Saxe. (Tout le monde pousse un cri de surprise; les dames quittent le fauteuil d'Adrienne et vont au devant du comte.) ADRIENNE, faisant un geste de joie.
Ah ! (Elle veut s'élancer vers lui, Michonnet la retient par la main; la princesse et Adrienne restent un moment les yeux fixés l'une sur l'autre.) MICHONNET, à voix basse.
Prends garde!... la joie trahit encore plus que la douleur.
(Les seigneurs et les dames qui étaient allés au devant rie Maurice redescendent avec lui.) LE PRINCE, à Maurice.
Que nous disait donc l'abbé, que vous étiez blessé?
l'abbé.
Permettez je réclame.
202 A.DRIENNE LEGOUVREUR.
MAURICE
Bah! depuis Chaînes XII, la Suède ne sait plus se battre.
LE PR1NCE, riant.
Ainsi, ce comte de Kalkreutz...
MAURICE
Désarmé à la seconde passe, (le prince, rabbé et Athénals remontent le théâtre et vont causer avec les autres dames et seigneurs. Maurice se trouve sur le devant de la scène près de la princesse, et lui dit à demi-voix, sans la regarder :) V OUS dl-
siez vrai, princesse, en disant que vous me ramèneriez.
LA PRUSCESSE, avec joie*
Ociel!
MAURICE, de même.
Je voulais partir -sans vous voir, mais après le service que vous venez de me rendre, service que> du reste, je n accepte pas... je...
ADRIENNE, à droite, et à quelques pas d'eux, les suivant des yeux.
Il lui parle bas!... si c'était cette grande dame... si c'était elle!...
La PRINCESSE, continuant à causer avec Maurice.
Que voulez- vous dire?
MAURICE, toujours bas à la princesse.
11 faut absolument que je vous parle.
LA PRINCESSE, de même.
Ce soir, quand tout le monde sera parti...
MAURICE, de même.
Soit! (La princesse remonte le théâtre à gauche du spectateur; Maurice se retourne et aperçoit à droite Adrienne, il la salue profoadéraent.) Mademoiselle LCCOU- Vreur ! (Il fait quelques pas pour aller près d'elle : en ce moment, le prince qui avait remonté le théâtre, le redescend et prend Maurice par dessous le bras, au moment où il s'approchait d'Adrienne.)
LE PRINCE
A propos de la Suède, mon cher comte, j'ai à vous demander...
(Il s'éloigne avec lui en causant et en remontant ie théâtre, ils disparaissent tous deux quelques moments dans d'autres salons. Fendant ce temps, la marquise et la baronne se sont rapprochées d'Adrienne, et pendant les mouvements de !a scène précédente, Michonnet, qui était à l'extrême droite, a remonté le théâtre, est resté quelque temps au fond, puis est redescendu à l'extrême gauche.)
L ABBE, à la princesse, à demi-voix.
Je VOUS demanderai maintenant, princesse, pourquoi tout à l'heure vous m'accusiez ainsi de...
LA PRINCESSE, à vois haute
Pourquoi?.., parce que vous n'êtes jamais au fait des choses.