ACTE IV, SCÈNE IX
(Se retournant en riant vers les deux damas qui «ont à sa gauche.) llïiaginGZ-VOUSj
Mesdames... (L'abbé quitte la droite de la princesse près de laquelle il est placé,
remonte le théâtre, et se pose entre le? deux dames comme pour se justifier près d'elles.)
LA PRINCESSE^ continuant sa phrase.
Imaginez-vous que le pauvre abbé court vainement depuis hier à la découverte d'un secret ! Une belle inconnue qu'adore le comte de Saxe... Mais j'y songe... (Se retournant vers Adrienne.) Mademoiselle Lecouvreur pourrait peut-être nous éclaircir sur ce mystère...
Moi, Madame!
LA PRINCESSE
Sans doute ! on assure dans le monde que l'objet de cet amour est une personne de théâtre.
l'abbé.
Laissez donc...
àdriênnë.
C'est étrange! on assurait au théâtre que cette maîtresse en titre était une grande dame...
L ABBÉ, regardant Athénaïs.
Je le croirais plutôt !
LA PRINCESSE
Ma chronique parlait même d'une certaine rencontre noctuuie...
ADRIENNE
Et la mienne d'une visite dans une petite maison...
ATHÉNAÏS
Mais c'est très-intéressant 1
LA PRINCESSE
On disait que la comédienne y avait été surprise par une rivale jalouse.
ADRIENNE
On affirmait que la grande dame en avait été chasïée par un mari indiscret.
ATHÉNAÏS
Que vous semblez bien instruites toutes deuï!..i
Plus que moi, j'en conviens !
ATHÉNAÏS
Mais pour nous mettre à même de prononcer, qui nous donnera des preuves?
:2U4 . ADRIENNE LEGOUVREUR.
LA PRINCESSE
La mienne est un bouquet que la belle a laissé aux mains de son vainqueur... bouquet de roses, attaché par un ruban soie et or!
ADRIENNE, à part
Mon bouquet!
ATHÉNAÏS, à Adrienne.
Et votre preuve, à vous... Mademoiselle?
ADRIENNE
La mienne?... la mienne, c'est que la grande dame a laissé tomber en s'enfuyant dans le jardin...
ATHÉNAÏS
Comme Cendrillon, sa pantoufle de verre...
ADRIENNE
Non, mais un bracelet de diamants.
LA PRINCESSE, à part.
Mon bracelet.
l'abbé.
Un conte des Mille et une Nuits!
Non, vraiment, une réalité!... car ce bracelet on me l'a apporté... on me Ta laissé... (Le montrant.) Le voici !...
L ABBÉ, prenant le bracelet, et le montrant à la marquise et à la baronne, entre lesquelles il est placé.
Superbe ! voyez donc. Mesdames
la PRINCESSE jelte un regard sur le bracelet, et dit froidement :
Admirable!... c'est travaillé avec un art! (EUe avance la main pour
le pr.'ndre ; mais le prince, qui depuis quelques instants est rentré dans le salon avec Ma rice, s'est approché du groupe, se place entre la princesse et la marquise. La princesse s'éloigne et se rapproche d'Alhénaîs, qui venait aussi pour regarder le bracelet,)
LE PRINCE
Qu'est-ce donc? qu'admirez-vous ainsi
l'abbé.
Ce bracelet!...
LA PRINCESSE
Celui de ma femme !
TOUS, avec un accent différent.
Sa femme !
LE PRINCE, remontant le théâtre, et montrant k tout le monda le bracelet, avec un air de salisfaction.
11 est de bon goût, n'est-ce pas?.