ACTE 1, SCÈNE VIII
cent mille francs... tu serae obligé, mon cher ami, de me les
avancer.
MAXENGE, à part.
Diable!...
ALBERT
Pour toi, millionnaire, une pareille somme n'est rien, je le sais... aussi je viens sans façori et sans scrupule, faire ce nouvel appel à ton amitié...
MAXENCB, avee erbarras.
Une telle confiance!,», j'en suis heureux... je te le jure.M
ALBÇRT, aï4e franchise.
Je l'ai pensé.,, car moi... à ta place.,. (Ler«gMdnnt.)Eh ! mais qu'as-tu donc? d'où vient ce trouble... ma demande serait-elle indiscrète?... je la retire ! si je l'ai hasardée.., (Avec éa^oim,) c'est qu'il me semblait... que de bonnes terres... au soleil, en pleine Beauce... étaient des cautions suffisantes pour un camarade d'enfance... pour un ami... (Avec indijoatioB-) Sans compter mon honneur... à moi!...
MA^ENCE, yiTem«nt.
Ah! n'achève pas! plutôt te dire la vérité tout entière que de te laisser une pareille pensée,,, ces cent mille francs que tu me demandes et qu'il y a cinq ans j'aurais été heureux, non pas de te prêter, mais de te donner... je ne les ai pas !
Toi!
MAXENÇE.
Silence! nul encore ne le sait! mais cette spéculation que j'entreprends avec tant d'ardeur est mon seul espoir de salut. Il s'agit pour moi, non pas de faire, mais de refaire ma position ! Si je réussis, on ne se sera douté de rien; j'échappe à la ruine, à la misère l
ALBERT
Tu en serais là,,, toi, avec ta fortune.,.
MAXENCE
Eh! mon Dieu! cela va si vite en cinq ans, à Paris, quand on est jeune et inoccupé!... l'oisiveté est si coûteuse! c'est un si grand luxe!... Pendant que tu faisais ton métier de soldat, moi je promenais en calèche mon ennui et mon cigare... tu te battais, je dépensais! tu versais ton sang, moi, mon or! et pour qui, grands dieux! que de folles nuits ! que de jours plus insensés î que d'orgies! que de désordres ! et quand on s'adresse, pour
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réparer une première brèche, au lansquenet ou à la spéculation, qui l'agrandissent encore...
ALBERT
Tu as joué...
MAXENCE
Comme tout le monde! ce n'est pas là le mal...
ALBERT
Et tu as perdu ?
MAXENCE
C'est là ma faute!... je la réparerai ! en attendant, les terres, les châteaux que je tenais de mes ancêtres, j'ai tout engagé... en secret ! et ce qui me reste... je le dois; mais jusqu'à présent, l'éclat de mon nom, la certitude de mes richesses... ont éloigné tous les soupçons... il est aisé, à un homme comme il faut, d'obtenir un grand crédit.
ALBERT
C'est-à-dire de tromper.
MAXENCE
Non... que je réussisse et tout sera payé, et je f élèverai avec moi jusqu'à cette fortune...
ALBERT
A laquelle je renonce! elle coûte trop cher! si je l'ai désirée un instant... c'était dans un but que je reconnais maintenant impossible à atteindre! parlons seulement de toi! tu as donc beaucoup de créanciers ?
MAXENCE
Mais oui... ce n'est pas le nombre qui m'inquiète... les petits, ceux qui ont besoin se taisent et attendent... mais les grands... les riches... un surtout!... un homme du grand monde qui, pour une centaine de mille francs, me tient dans sa dépendance, qui, seul maître de ma position, peut la relever et me perdre ! et pour m'en délivrer, à qui m'adresser? à ma sœur? impossible! elle est mineure; et d'ailleurs, son inflexible subrogé-tuteur, M. César Desgaudets...
ALBERT, vivement.
Desgaudets, dis-tu?
MAXENCE
Le plus avare des millionnaires.
ALBERT, se fouillant.
Il me semble bien sur la carte de tout à l'heure.