ACTE II, SCÈNE IX
FRANÇOIS 1«% avec douleur.
Perdre a'un trait de plume ces conquêtes achetées par tant d'or et de sang!...
CHARLES-QDIIST, yivement.
Et vous pourriez dire, par tant d'inamortels exploits ! Mais, injuste ou non, le sort des batailles vous les a fait [lerdre.
FRANÇOIS I^'", avec chaleur.
Et, Dieu aidant, je peux les regagner!
CHARLES-QUINT
Vous en êtes bien capable, sire, et c'est justement ce qu'on veut empêcher...
FRANÇOIS 1®% avec humeur et se levant
Soit... Accordé!
CHARLES-QUlNT.
Après...
FRANÇOIS l".
Après ! (Se rasseyant.)
CHaRLES-QUINT.
Ceci est un acte de reconnaissance et de bonne foi, un engagement solennel contracté par l'Espagne, envers le connétable de Bourbon...
FRANÇOIS I^% avec colère.
Le connétable? cet infâme!... ce traître!..,
CHARLES-QUINT
Qui nous a loyalement servis... pour un traître!... Et le conseil demande, pour prix de ses services, que Voire Majesté l'indemnise, et au delà, de tous ses biens confisqués en France.
FRANÇOIS I®', avec colère.
Le payer! pour m'avoir vendu! (Se contenant.) Prenez garde, sire... ne donnez pas, pour vous-même, un pareil exemple!... Il peut y avoir du danger à payer les traîtres.
CHARLES-QUINT, froidement.
Il peut y en avoir à ne pas les payer...
FRANÇOIS l^^, regardant Charles-Quint avec mépris.
Les craindre est plus honteux encore que de s'en servir, et Votre Majesté entreprend là une lourde tâche pour ses finances obérées, car si elle estime aussi haut la trahison, j'ignore de quel prix elle pourra payer la loyauté de ses fidèles sujets!... Cela vous regarde, sire. Accordé
CUAHLES-QUINT, avec joie.
Ah!...
FRA!SÇOIS 1^"^.
Touchons-nous donc dans la main^ et signons notre traité
CHARLES-QUIM.
Je ne le puis, par malheur, sans une dernière condition.
FRANÇOIS I*', avec impatience.
Encore une autre?...
CHARLES-QUINT
Ceile-là est la justice même!... et votre loyauté ne saurait s'y refuser î
Quelle est-elle? Voyons.
CHARLES-QUINT
Le roi Louis XI, qui fut un grand politique, et qui conquérait plus de provinces par la plume que d'autres par Tépée, avait usurpé sur nos pères, et annexé à la France, le duché de Bourgogne...
FRANÇOIS l^"", ne pouvant se contenir.
Le duché de Bourgogne!... Il a pu entrer dans votre pensée que je consentirais à Tabandonner... à le céder..
CHARLES-QUINT
C'est-à-dire, à le rendre...
FRANÇOIS I*', se levant.
Ah! c'est trop longtemps irriter ma patience!..,
CHARLES-QUIXT.
Calmez-vous, sire; que votre modération égale la mienne!
FRANÇOIS I^'", avec violence.
Assez de railleries, sire, ou, par le ciel ! je ne répondrais pas de moi !
CHARLES-QUINT, avec hauteur.
Qu'est-ce à dire ?
Croyez-vous que j'aie été dupe de cette feinte modération, de votre fausse bonhomie et de vos prétentions au rôle de jeune homme en tutelle? Je me suis contenu, cependant, et quelque cruels que fussent les sacrifices qu'on exigeait, quand, après tout, ils ne regardaient que moi, quand ils n'attaquaient que mes trésors, à moi, mes biens, à moi, mes conquêtes ou mon orgueil, j'ai tout accordé; mais s'attaquer à la France, mais me demander son morcellement et son déshonneur!... alors le souverain se relève et vous dit : Moi^ vivant, vous n'y toucherez pas!...