‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 217 sur 353 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

CHARLES-QUINT

Très-bien î si vous étiez on France, et dans votre royaume; mais vous oubliez que vous êtes à Madrid !

FRANÇOIS l".

Et vous aussi, vous l'oubliez, en insultant un ennemi désarmé! Mais le roi captif a un peuple qui n'a pas besoin de chef pour combattre et repousser l'étranger; le roi captif a des alliés qu'indigne votre ambition, et le roi d'Angleterre, Henri YIII...

CHARLES-QUlNT.

Peut lever en votre faveur des armées et des flottes; il trouvera Charles-Quint partout...

Exce ité sur les champs de bataille !

CHARLES-QUlNT, avec hauteur.

Et pourquoi donc?

FRANÇOIS l".

Parce que vous n'avez jamais tenu une épée de votre vie.

CHARLES- QUINT

Moi ! (Henri d'Albret sort de la porte à gauche.) HENRI, à part.

Qu'y a-t-il donc?

FRANÇOIS I**", avec amertume.

Il s'est livré de beaux combats depuis que vous avez âge d'homme; vous n'en avez vu aucun. Votre royaume s'est enrichi de nombreuses conquêtes... vous n'en avez fait aucune. Qui commandait les Espagnols vainqueurs dans la Navarre?... Villalva! dans le Milanais? Colonuaî dans la Castille! le comte de Harol mais Charles-Quinl!... absent, toujours absent!...

CHARLES-QUINT, hors de lui.

Sire!...

HENRI, s'avançant auprès de François !«'.

Sire, au nom du ciel !...

FRANÇOIS l".

C'est toi, Henri!... le ciel t'envoie... Il y aura un témoin de ma vengeance... (a ciiaries-Quini.) Enfin, les Espagnols ont vaincu les Français à Pavie!... Qui était leur chef?... un Français!... un Français félon! Oui, puur vaincre la France, il vous a fallu acheter l'aide de la France, l'acheter par la trahison, par la corruption.... votre courage, à vous!...

CHARLES-QUINT

Ah ! je ne supporterai pas un tel outrage !

FRANÇOIS i".

Prouvez-le donc ! Vous avez une arme au côté, et d'Albret me donnera la sienne; Tépée à la main, et vidons ici notre querelle, en chevaliers, avec Dieu pour juge!... (Montrant d'Aiirei.) et un gentilhomme pour témoin.

CHARLES-QUlNT, froidement.

Je conçois, en effet, sire, que ce parti vous conviendrait; mais la victoire me fût-elle assurée, je demanderais à Votre Majesté la permission de ne pas la priver d'une existence qui m'est aussi chère qu'utile; quant à la mienne, je la tiendrai en précieuse et digne garde pour vous prouver que, sans vous égaler en prétendu héroïsme, on peut vous surpasser en renommée. Pendant que vous resterez immobile et enchaîné... j'avancerai toujours, toujours, et ne m'arrêterai dans ma marche, que lorsque l'Europe entière m'appartiendra, à commencer par la France. Adieu!

(Il SOll.)

HENRI, avec indignation.

La France, à lui !... jamais!

FRANÇOIS 1"% de même.

Tu dis vrai.

Page 1