ACTE TI, SCÈNE I
la composerai... Il vaut mieux que tu me donnes les vrais détails.
ANTONIA
Il n'y en a pas! un pauvre jeune homme.., sans fortune., mais plein d'honneur et de loyauté... un ami de mon frère... que ma tante aimait beaucoup !
CORIISNË.
C'est épidémique... un mal de famille!
AWTONIA.
Il y a du reste cinq ans qu'il est absent.
CORINNE
Raison de plus pour penser Tun à Fautre... à ton âgé surtout!
ANTONIA
Lui ! jamais un mot... jamais un regard n'a pu me faire supposer qu'il s'occupât de moi.
CORINNE
Je ne parle pas de lui... mais de toi !
ANTONIA
Moi !... de pareilles idées ne me sont même pas permises... mon frère, de qui je dépends, a d'autres projets.
Des projets de mariage... et tu ne m'en parles pas?
ANTONIA
C'était si peu intéressant.,. Je ne tiens ni aux dignités... ni aux grands seigneurs...
CORINNE
C'en est donc un ?
ANTONIA
Eh oui 1... un homme titré... un comte I...
CORINNE, viTeraent.
Comtesse! tu serais comtesse... es-tu heureuse! c'est là le rêve de ma vie !
ANTONIA
Toi ! la fille des arts et de la poésie... toi ! un artiste, une Muse!...
CORINNE
Quand les Muses sont comtesses ou marquises, cek; n'en vaut que mieux. Moi, je n'aime que les distinctions, les titres, la haute société. Dans tous mes écrits, je ne parle jamais que de duchesses... que de princesses, mes amies intimes... que je n'ai jamais vues ! C'est une si belle chose qu'un grand nom... et s'il
faut te l'avouer, la seule idée qui empoisonne mes succès, le désespoir et le malheur de ma vie, c'est de m'appeler Corinne Desgaudets.
ANTONIA
Allons donc !
Desgaudets!... Crois-tu que la gloire puisse jamais adopter ce nom-là ?
ANTONIA
Pourquoi pas?
CORINNE
Desgaudets !
ANTONIA
Eh bien! pourquoi ne changes-tu pas ce nom contre celui d'un mari?...
CORINNE
Je ne demande pas mieux
ANTONIA
Ton père est si riche... et il a pour toi tant d'affection...
CORINNE
Bien moins que pour sa caisse ! Certainement nous vivons dans un siècle où il y a encore des amants de la gloire, mais mon père annonce hautement qu'il ne me donnera pas de dot, cela ne les encourage pas î Aussi les seuls partis qui se présentent pour moi ne sont que des littérateurs purs et simples... des gens qui écrivent...
ANTONIA
Eh bien!...
CORINNE
Fi donc!,., je n'estime que ceux qui font de la littérature, en grands seigneurs... dans leurs loisirs... quand ils ont le temps, et qui, grâce au ciel, ne l'ont jamais?... quelque personnage haut placé, quelque illustration politique qui arrivera un jour au ministère et qui fera de l'histoire pendant que j'en écrirai !... Vois donc quel avantage pour mes Mémoires !
ANTONIA
Eh bien ! il faut te prononcer auprès de ton père !
CORINNE
C'est bien mon dessein... et à la première occasion...
ANTONIA
Elle ne tardera pas, car c'est lui ! (Les deux jeunes Clles se tiennent à récart.)