‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 22 sur 353 · ACTE TI, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE TI, SCÈNE I

la composerai... Il vaut mieux que tu me donnes les vrais détails.

ANTONIA

Il n'y en a pas! un pauvre jeune homme.., sans fortune., mais plein d'honneur et de loyauté... un ami de mon frère... que ma tante aimait beaucoup !

CORIISNË.

C'est épidémique... un mal de famille!

AWTONIA.

Il y a du reste cinq ans qu'il est absent.

CORINNE

Raison de plus pour penser Tun à Fautre... à ton âgé surtout!

ANTONIA

Lui ! jamais un mot... jamais un regard n'a pu me faire supposer qu'il s'occupât de moi.

CORINNE

Je ne parle pas de lui... mais de toi !

ANTONIA

Moi !... de pareilles idées ne me sont même pas permises... mon frère, de qui je dépends, a d'autres projets.

Des projets de mariage... et tu ne m'en parles pas?

ANTONIA

C'était si peu intéressant.,. Je ne tiens ni aux dignités... ni aux grands seigneurs...

CORINNE

C'en est donc un ?

ANTONIA

Eh oui 1... un homme titré... un comte I...

CORINNE, viTeraent.

Comtesse! tu serais comtesse... es-tu heureuse! c'est là le rêve de ma vie !

ANTONIA

Toi ! la fille des arts et de la poésie... toi ! un artiste, une Muse!...

CORINNE

Quand les Muses sont comtesses ou marquises, cek; n'en vaut que mieux. Moi, je n'aime que les distinctions, les titres, la haute société. Dans tous mes écrits, je ne parle jamais que de duchesses... que de princesses, mes amies intimes... que je n'ai jamais vues ! C'est une si belle chose qu'un grand nom... et s'il

faut te l'avouer, la seule idée qui empoisonne mes succès, le désespoir et le malheur de ma vie, c'est de m'appeler Corinne Desgaudets.

ANTONIA

Allons donc !

Desgaudets!... Crois-tu que la gloire puisse jamais adopter ce nom-là ?

ANTONIA

Pourquoi pas?

CORINNE

Desgaudets !

ANTONIA

Eh bien! pourquoi ne changes-tu pas ce nom contre celui d'un mari?...

CORINNE

Je ne demande pas mieux

ANTONIA

Ton père est si riche... et il a pour toi tant d'affection...

CORINNE

Bien moins que pour sa caisse ! Certainement nous vivons dans un siècle où il y a encore des amants de la gloire, mais mon père annonce hautement qu'il ne me donnera pas de dot, cela ne les encourage pas î Aussi les seuls partis qui se présentent pour moi ne sont que des littérateurs purs et simples... des gens qui écrivent...

ANTONIA

Eh bien!...

CORINNE

Fi donc!,., je n'estime que ceux qui font de la littérature, en grands seigneurs... dans leurs loisirs... quand ils ont le temps, et qui, grâce au ciel, ne l'ont jamais?... quelque personnage haut placé, quelque illustration politique qui arrivera un jour au ministère et qui fera de l'histoire pendant que j'en écrirai !... Vois donc quel avantage pour mes Mémoires !

ANTONIA

Eh bien ! il faut te prononcer auprès de ton père !

CORINNE

C'est bien mon dessein... et à la première occasion...

ANTONIA

Elle ne tardera pas, car c'est lui ! (Les deux jeunes Clles se tiennent à récart.)

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