ACTE IV^ SGÈNE II
un pied ferme et vigoureux. « C'est le pas de mon mari^ sécï'.ii Siinchetteen pâlissant... Comment cela se fait-il... lui qui, dans ce moment, galope sur la route de France!.., » Mais le doute ivétait plus possible, car Babiéça frappait et criait déjà comme un aveugle... ou plutôt comme un borgne qu'il est. Onvrez, Sanchette... c'est moi!... — « Vous ! s'exclame San- « chette, avec une présence d'esprit admirable... vous. Jésus « Maria... au moment même où je rêvais de vous! » — Puis elle me fait signe de me placer contre la porte, qu'elle va intrépidement ouvrir, et au moment où Babiéça se présente, elle pose rapidement sa main sur le seul œil qui lui resïe... en s'écriaiU, avec la sollicitude conjugale la plus tendre : Répondez, répondez-moi, de grâce !... y voyez-vous de l'autre œil? Je rêvai?, quand vous avez frappé, que vous veniez de le recouvrer, par l'intercession de saint Christophe, votre patron. « Eh! non, r'écrie Babiéça avec humeur... je n'y vois ni de celui-ci, ni de rauire, que vous me tenez fermé... » Et, en effet, il ne nvavait pas aperçu me glissant derrière lui et descendant l'escalier. — Qu'en dites-vous, Madame, n'est-ce pas sublime?... et pourtant Votre Altesse ne rit pas.
MARGUERITE
Non... car je pensais à un autre conte... dont vous me parliez hier... celui où un pauvre gentilhomme aime une grande dame à en mourir.
HENRI
Est-ce que le conte serait fini?... Dites -le-moi, de grâce?
Je ne l'ose...
HENRI
Vous n'osez !... Il finit donc d'une manière bien malheureuse
M.^GUËRITE.
Oui, le pauvre jeune homme va tant souffrir!...
HENRI, tremblant.
Qu'importe! si c'est pour cette grande dame? Mais elle, elle?
MARGUERITE
Elle?... rien qu'à le regarder, ses yeux se remplissent de larmes... car ehe ne sait commciit lui dire qu'il faut se séparer...
HENRI
Moi... vous quitter !... Vous n'avez donc plus besoin de mon sang, ni de ma vie, puisque vous repou.-:sez cet amour qui me
faisait trouver des délices à être blessé pour vous, à être captif pour vous !
MARGUERITE, l'interrompant, frùidement,
Henri, on m'offre la liberté de mon frère... de votre roi... et une paix honorable pour la France...
HENRI
Comment cela ?
MARGUERITE
Vous aviez vu plus juste que moi. Ce que je ne croyais qu'un jeu, était réel. Cette couronne, que j'avais déjà refusée... le rui d'Espagne me l'offre encore aujourd'hui.
HENRI, cachant sa tête dans ses mains.
Ah ! que m'avez-vous dit?...
MARGUERITE
Prononcez vous-même.
HENRI, après un instant de silence, et baissant les yeux.
Hésiter serait un crime !
MARGUERITE
Et 'ai hésité cependant!
HENRI, poussant uu cri de joie,
Âh!
MARGUERITE
Écoutez-moi, Henri ! Élevée sur les marches du trône, je Tai vu de trop près pour en être éblouie, et je ifai jamais eu qu'un désir, celui d'en descendre et de [n'éloigner. Le malheur smil m'y retient, le malheur de tous les miens; mais mon ambition et mon espoir à moi, c'était qu'en récompense de sa liberté et de son royaume rendus, François P% mon frère, me permettrait de vivre au sein de la solitude, de l'amitié et des arts, me laissant libre de disposer de mon cœur et de ma main; et celui que j'aurais choisi, croyez-le bien, n'aurait été ni un empereur ni un roi; il n'aurait porté ni sceptre, ni couronne, mais un cœur loyal et généreux, et m'aurait aimée surtout d'un amour véi'itable et sincère ; voilà les rêves que j'avais formés, et vous comprendrez maintenant ([u'on hésite à y renoncer.
HENRI, avec désespoir.
Ah ! je comprends seulement que je suis le plus malheureux des hommes!
MARGUERITE, vivement.
Mais avoir pu délivrer son frère et son roi, avoir pu sauver son pays, et ne pas l'avoir fait, serait une honte et un remords