ACTE V^ SCÈNE XI
Marguerite poursuit rapidement, et à voix basse.) MaiS je ne puis la raCOllter
qu'à l'empereur!... à lui seul!... car lui seul doit Tentendre!...
(L'ompeieur fait éloigner tout le monde, et se rapproche de Marguerite.) CHARLES-QUINT, à Marguerite.
Qu'est-ce que cela signifie?
MAR'.UERITE, lentement.
Que le roi François I" est, en ce moment...
CHARLES-QUINT, vivement, avec colère et à voix basse.
Évadé?...
Non, sire, mieux que cela.
CHARLES-QUmX.
Eh! quoi donc?
MARGUERITE
Marié!... dans votre oratoire, à votre sœurl.J
CHARLES-QUINT
Mariage nul!...
MARGUERITE
Célébré par le cardinal d'Urbain; en présence du connétable de Montmorency, du comte de Comminges et des principaux seigneurs de France.
CHARLES-QUINT
Sans mon aveu!...
MARGUERITE
Éléonore était veuve, maîtresse de sa main... et au lieu de porter plainte devant le pape et devant la chrétienté, de ce que votre sœur devient reine de France, je voudrais qu'une union qui termine de si grandes querelles eut été contractée, non pas à Tinsu de Charles-Quint, non pas malgré lui, mais par un calcul
de sa haute politique. (Le roi fait un mouvement, mais ne répond pas. Marguerite ie regarde et continue.) Et sMl FCgardo dèS Ce JOUF COtte UniOQ
comme son œuvre, il sentira qu'au mari de sa sœur, à celui dont l'honneur devient le sien, on peut encore, au nom de l'Espagne, imposer des conditions rigoureuses... mais non déshonorantes!... Je m'arrête... Le conte que j'ai osé rêver eût été trop téméraire et trop invTaisemblahle, si je ne m'étais fiée, pour qu'il devînt de l'histoire, à la générosité et au génie d'un
grand homme! (Charles-Qulnt, après un instant de silence et de combxt intérieur, ne VL-iiarJe point Marguerite, mais se retourne vers les personnes de sa cour qui sont restées à rùeait, leur faisant signe d'avancer.)
CHARLES-QUINT, gravement.
J'ai voulu annoncer ce soir à ma cour qiie mon mariage avec
Son Altesse Royale Tlnfante de Portugal devait se célébrer demain^ et je suis charmé en même temps d'avoir à lui faire part d'une autre nouvelle, sur laquelle j'attends ses félicitalions : tous nos différends avec la France et avec son roi sont enfin heureusement terminés, par le mariage d'Éléonore d'Autriche, ma sœur,
avec le roi François P*". (Mouvement générai de surprise.) HENRI, GUATTIINARA, ISABELLE.
0 ciel !
ISABELLE, à Charles-Quint, qu'elle félicite.
Ah! sire! une nouvelle aussi heureuse...
MARGUERITE, jouant aussi l'étonnement.
Aussi inattendue !...
GUATTINARA.
Un projet aussi habilement, aussi secrètement conçu!... \ous êtes, sire, notre maître à tousî...
CHARLES-QUIINT, avec impatience.
C'est bien !
GUATTINARA.
Car moi-même je ne m'en doutais pas
CHARLES-QUINT
C'est bien, vous dis-je?... (a Marguerite.) Je donne pour dot à ma sœur, la Bourgogne; et dans notre traité avec Fi-ançois P"", nous n'oublions pas le petit royaume de Navarre, que l'Espagne et la France doivent protéger...
HENRI, à part, avec joie et regardant Marguerite.
Roi de Navarre ! . . .
MARGUERITE, avec reconnaissance.
Ah!... voilà ce que l'Europe appellera un acte de bonne politique... et moi, sire, un acte de grandeur d'àme!...
CHARLES-QUlNT, à demi-voix.
Et mes espérances et mes promesses, Marguerite, comment les appellerez-vous?
MARGUERrrE, souriant.
Les Contes (Regardant Henri) de la reine de Navarre!