‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 290 sur 353 · HE>R · texte numérisé non relu

HE>R

Vous, comtesse; vous avez fait nommer un homme comme lui, dévoué pendant vingt ans, corps et âme, au Consulat et à l'Empire...

LA COMTESSE

C'est pour cela ! il est toujours dévoué corps et âme à tous les gouvernements établis, et il les sert d'autant mieux qu'il veut faire oublier les services rendus à leurs prédécesseurs... aussi va-t-il vouloir signaler son installation par quelque action d'éclat.

HENRI

C'est-à-dire en faisant fusiller deux ou trois pauvres diables oui n'en peuvent mais...

LA COMTESSE

Non, il n'est pas cruel ; au contraire ! je sais même qu'il avait demandé une amnistie générale; mais l'idée de découvrir un chef de conspirateurs va le mettre en verve ! il déploiera contre vous toutes les ressources de son esprit... votre signalement sera partout... je le sais... le premier soldat pourrait vous reconnaître...

HENTll.

Eh bien... vous l'avouerai-je?... il y a dans ces périls, dans cette vie de conspirateur poursuivi... je ne sais quoi qui m'amuse comme un roman! rien ne me divertit autant que d'entendre prononcer mon nom dans les marchés, que d'acheter aux crieurs des rues ma condamnation, que d'interroger un gendarme qui pourrait me mettre la main sur le collet... et de lui parler de moi... — Eh bien, monsieur le gendarme, cet Henri de Flavigneul, est-ce qu'il n'est pas encore pris? — Non, vrai-

ment, c'est un enragé qui tient à la vie^ à ce qu'il paraît... Ditesmoi donc un peu son signalement, si vous l'avez ?...

LA COMTESSE

Mais vous me faites frémir !... Oh! les hommes! toujours les mêmes!... n'ayant jamais que leur vanité en tète; vanité de courage ou vanité d'esprit... Eh bien! tenez, pour vous punir, ou pour vous enchanter peut-être... qui sait?... voyez cette lettre de votre mère... savourez les traces de larmes qui la couvrent... dites-vous que si vous étiez condamné, elle mourrait de votre mort... ajoutez que si je vous voyais arrêté chez moi, je croirais presque être la cause de votre perte et que j'aurais tout à la fois le désespoir du regret et le désespoir du remords... Allons, retracez-vous bien toutes ces douleurs... c'est du dramatique aussi cela... c'est amusant comme un roman... Ah ! vous n'avez pas de cœur'

HENRI

Pardon!... pardon!... j'ai tort!... oui, quand notre existence inspire de telles sympathies, elle doit nous être sacrée; je me défendrai... je veillerai sur moi... pour ma mère... et nour...

(Loi prenant la main.) Ct pOUr ma SOBUr!

LA COMTESSE

A la bonne heure! voilà un mot qui efface un peu vos torts... Pensons donc à votre salut... cher frère... et pour que je puisse agir, racontez-moi en détail ce coup de tête, dont me parle votre mère et qui vous a changé, malgré vous, en conspirateur.

HENRI

Le voici. Vous le savez, ma famille était attachée, comme la vôtre, à la monarchie, et mon père refusa de paraître à la cour de l'empereur.

LA COMTESSE

Oui : il avait la manie de la fidélité, comme moi!

HENRI

Mais le jour où j'eus quinze ans : « Mon fils, me dit-il, j'avais « prêté serment au roi, j'ai dû le tenir et rester inactif. Toi, tu « es libre, un homme doit ses services à son pays; tu entreras « à seize ans à l'Ecole militaire, et à dix -huit dans l'armée. » Je répondis en m'engageant le lendemain comme soldat et je fis la campagne de Russie et d'Allemagne. C'est vous dire mon peu de sympathie pour le gouvernement que vous aimez... et cependant, je vous le jure, je n'ai jamais conspiré... et je ne conspirerai jamais! parce que j'ai horreur de la guerre civile, et que.

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