ACTE ir, SCÈNE I. SGrt
comme je ne pouvais détacher aucun <les gens de mon escorte. .. pour des motifs sérieux...
DE GRIGNON
Ah!
MONTRICHARD
Oui, fort sérieux! J'ai dirigé sur la ferme tous les paysans que j'ai rencontrés sur mon chemin, ordonnant qu'on ufenvoyât au plus tôt des nouvelles de l'incendie, (ii remonte le ihéâtre.)
DE GRIGNON, sur le devant du théâtre.
Un incendie!... quelle belle occasion d'héroïsme!... Si j'y allais!... Quel effet sur la comtesse, quand elle demandera : Où donc est M. de Grignon? et qu'on lui répondra : 11 est au feu... pour vous... pour vous, comtesse!... (a Monirichard.) Monsieur, cette ferme est-elle loin d'ici?...
MONTRICHARD
A une demi-lieue à peine, et si Ton pouvait y «ivoyer une pompe à incendie...
DE GRIGNON, avec chaleur.
Une pompe?... j'y vais moi-même... Il y en a une à la ville voisine, et je cours...
MONTRICHARD
Très-bien, Monsieur, très-bien !... Mais attendez... on ne vous la confierait peut-être pas sans un ordre de moi, et si vous le permettez...
DE GRIGNON
Si je le permets!... (Montrichard se meta k tabla de ganche et cherche autour de lui ce qu'il faut pour écrire; ne le trouvant pas, il tire on carnet de sa poche et traça quelques lignes au crayon.)
DE GRIGNON, se promenant pendant ce temps avec agitation.
Est-il un plus beau rôle que celui de sauveur dans un incendie!... marcher sur des poutres enflammées!... disparaître au milieu des tourbillons de fumée et de feu... au moment le plus terrible... quand la toiture va s'écrouler... Voir tout à coup à une fenêtre un vieillard, une femme qui tend vers vous les bras, en s'écriant : Sauvez-moi ! sauvez-moi!... Alors, s'élancer au milieu des cris de la foule : Vous allez vous perdre !... N'importe!... C'est une mort certaine!... N'importe!... (S'interrompant et s'adressant à Montrichard.) Le fermier a-t-il des eufauts?...
MONTRICHARD, écrivant toujours.
Trois... je crois...
DE GRIGNON, avec joie.
Trois enfants... quel bonheur!... (a Montrichard.) En bas âge?...
MONTRICHARD, écrivant toujours.
Oui...
DE GRTGNON, à part.
Tant mieux! c'est plus facile à sauver!... Puis, rendre trois enfants à leur mère!... Et comme la comtesse me recevra, quand je reviendrai escorté par tous les hommes de la ferme... porté sur un brancard de feuillages., les vêtements brûlés... le visage noirci... Ah! ma têle s'exalte.., Donnez... donnez. Monsieur!... Ty vais... j'y cours!
MOMRICHARD, lui remettant le billet.
A merveille!... (a pirt.) Quel enthousiasme dans ce jeune
homme!... (A, de Grignon, qui a fait un pas peur s'éloigner.) VeuiUeZ 6X1
même temps vous informer de ce pauvre garçon de ferme que nous avons rencontré sur la route, et qu'on rapportait blessé du lieu de Tincendie.
DE GRIGKON, commerçant à avoir peur.
Ah!... ah!... blessé!... légèrement, sans doute...
MONTRICHARD
Hélas!... non... la peau lui tombait du visage comme s'il avait été brûlé vif...
DE GRlGNON.
Ah!... la peau... lui... tombait...
MONTRICHARD
Le plus dangereux... c'est une poutre qui lui a enfoncé trois côtes...
DE GRIGNON
Enfoncé trois côtes !... voyez-vous cela!... En voulant porter secours?...
MONTRICHARD
Oui, Monsieur. Mais partez, partez !...
DE GRIGNON, immobile et restant sur place.
Oui... Monsieur... le temps de faire seller un cheval... par mon domestique... qui en même temps pourrait bien y aller lui-même... car enfin... cela le regarde... dès qu'il s'agit de porter une lettre... il s'en acquittera mieux que moi... il ira plus vite...
UN BRIGADIER DE GENDARMERIE entre dans ce moment, et «'adressant à M, de Montricliard.
Monsieur le préfet, un exprès arrive, annonçant que le feu est éteint !