ACTE TT, SCÈNE HT. 3G
HENRIj avec exaltation.
Pourquoi? pouv vous dire tout ce que j'ai dansTâme! le dire si je le puis... car comment exprimer ce que j'ai ressenti... puisque personne n'a jamais vu ce que je viens de voir... n'a jamais entendu ce que je viens d'entendre !...
LA COMTESSE^ souriant, mais ëmne.
Quel enthousiasme! et qui donc a pu le causer?
HENRI
Qui? vous et elle!...
LA COMTESSE
Comment?
HENRI
Elle et vous!... vous deux, que je ne veux plus séparer dans ma pensée; vous deux, qui venez de m'apparaître unies, confondues... comme deux sœurs!
LA COMTESSE, riant.
Ou comme deux roses sur la même tige... ou comme deux étoiles dans la même constellation... Mais cependant, avouez-le, la rose cadette était la plus belle !
HENRI
Comme^it vous le dire, puisque je ne le sais pas moi-même? Aucune n'était la plus i3elle... car elles s'embellissaient l'une Tautre, car le front pur et angélique de la plus jeune faisait ressortir le front poétique et brillant de l'aînée !... Vous souriez... que serait-ce donc... si je vous racontais mes impressions pendant le duo que vous avez chanté ensemble...
LA COMTESSE, gaiement.
Racontez... racontez... je suis curieuse de voir comment vous sortirez de cet embarras...
HENRI, gaiement.
Je n'en sortirai pas... et mon bonheur est dans cet embarras même...
LA COMTESSE
C'est fort original!
HENRI
Grâce à ma bienheureuse livrée, j'étais mêlé à vos fermiers et à vos gens... Eh bien!... à peine vos première notes entendues, car c'était vous qui commenciez, à peine votre belle voix touchante eut-elle attaqué ce cantabile admirable, que des larmes coulèrent de tous les yeux...
370 BATATIT.E DE DAMES,
LA COMTESSE
Prenez garde !... vous allez être infidèle à la seconde étoile!.,
HENRI
Vos railleries ne m'arrêteront pas,.. Ces intelligences incultes... ces oreilles grossières devenaient fines et délicates en vous écoutant. , elles ne se rendaient compte de rien, et cependant elles comprenaient tout!...
LA. COMTESSE
Et Léonie?...
HENRI
Elle parut à son tour... et, je vous l'avoue, quand elle commença, une sorte de pitié me saisit pour elle.,. Pauvre enfant! me clis-je... comme elle va paraître gaiiche et inexpérimentée!
LA COMTESSE, avec plus dç vivacité,
Eh bien?...
Eh bien, j'avais raison!... Son inexpérience se trahissait dans chaque note... mais je ne sais comment cette inexpérience avait un charme que je ne puis rendre !..,
LA COMTESSE
Ah!...
HENRI
On ne pouvait s'empêcher de sourire en entendant cette voix enfantine après la vôtre... et cependant, ce contraste même lui prêtait quelque chose de naïf.,, de frais,..
LA COMTESSE
Prenez garde!... voici la première étoile qui pâlit à son tour.
HENKI, avec clialenr.
Non!... non!... car les voici toutes deux réunies! car Tcnsemble du duo commence, car votre voix émouvante et pa.isionnée se mêle à son chant timide et pur... Oh ! alors... alors... il sortit de ce mélange je ne sais quelle impression qui tenait de renchantoment. Ce n'étaient plus seulement vos deux voix qui se confondaient, c'étaient vos deux personnes... vous ne formiez plus qu'un seul être! charmant... complet... représentant à la fois la jeune fille et la femme, tout semblable enfin à un rameau de cet arbre fortuné qui croît sous le ciel de Naples, et porte sur une même branche et des fleurs et des fruits!
LA COMTESSE, i part.
J'espère.