ACTE IT, SCÈNE VIIlJ
LA COMTESSE;, avec bonhomie.
M. de Flavigneul !. .. ce tout jeune homme, qui a l'air si doux... ob ! je n'aurais jamais cru cela de lui !... je l'ai vu en effet quelquefois chez sa mère... mais c'en est fait^. (Riant.) je dis comme le farouche Horace : Il est bonapartiste, je ne le connais plus ! Je crois que je fais le vers un peu long, mais Corneille me \q pardonnera... Ah! ça, mais où est-il ce M. de Flavigneul?
MQISTRICHARD,
Il se cache.
Il se cache !
Dans un château...
Voisin?
Très- voisin...
I^ COMTESSE
MÛNTRICHARP, LA COMTESSE.
MONTRICHARD
LA COMTESSE
OÙ vous allez le surprendre...
MONTRICHARP,
Voilà le difficile !... et il me faudrait votre aide pour cela, Madame...
LA COMTESSE
Mon aide!..,
MONTRTCHARD.
Oui! Imaginez-vous que ce château appartient à une femme du plus haut rang, du plus pur royalisme... une femme d'esprit, de cœur, et de plus, ma bienfaitrice...
LA COMTESSE, ironiquement.
Comme moi?...
MONTRTCHARD.
Précisément... Vous concevez mon embarras... pour lui dire d'abord, que je la soupçonne, puis, que je viens faire chez elle une invasion domiciliaire... et, ma foi. Madame, je vous l'avouerai... j'ai compté sur vous pour la prévenir.
LA COMTESSE, éclatant de rire.'
Ah! la bonne folie!... Ainsi vous croyez que moi!... je recèle un conspirateur...
MONTRICHARD
, Ilélas ! ... je ne le crois pas; j'en suis sûr î
380 BATAILLE DE DAMEf?.
LA COMTESSE
Et c'est pour cela que vous avez amené tout cet attirail de dragons? que vous avez déployé ce luxe de gendarmerie?
MONTRICHARD
Mon Dieu, oui ! et je ne m'éloignerai qu'après avoir arrêté Tennemi du roi... Il faut bien que je vous prouve ma reconnaissance, comtesse...
LA COMTESSE, changeant de ton.
Eh bien... moi, monsieur le baron, je vous prouverai comment une femme offensée se venge î
MONTRICHARD
Vous venger...
LA COMTESSE
D'un procédé inqualifiable... d'une sanglante injure pour une fervente royaliste comme moi... (Aiiant au canapé.) Veuillez vous asseoir, baron... asseyez-vous... et écoutez-moi !...
HENRI, sii rapprochant pour écouler, et à part.
Qu'est-ce qu'elle va lui dire?
LA COMTESSE, à Henri.
Qu'est-ce que vous faites là?.,, vous écoutez, je crois... achevez donc votre service! (a Montnchard.) Vous rappelez-vous, monsieur le baron, qu'il y a, hélas I... dix-huit ans, un jeune magistrat plein de talent et de zèle, fut envoyé au château de Kermadio, pour y arrêter trois chefs vendéens?...
MONTRICHARD
Si je me le rappelle, Madame? ce magistrat, c'était moi !
LA COMTESSE, avec moquerie.
Vous !... vous étiez alors procureur de la république, ce me semble...
MONTRICHARD
Vous croyez?..
J'en suis sûre.
C'est possible.
LA COMTESSE
MONTRICHARD
LA COMTESSE
Or donc, puisque c'était vous, monsieur le baron, vous souvenez-vous qu'une petite fille de treize ou quatorze ans?...
MONTRICHARD
Fit évader les trois chefs vendéens à ma barbe, et avec une adresse...