ACTE II, SCÈNE VIII
LA COMTESSE
Épargnez ma modestie, monsieur le baron; cette petite fille, c'était moi !
MONTRICHARD
Vous?... Madame?...
LA COMTESSE
Douze ans après, en Normandie... où vous étiez, je crois, fonctionnaire sous l'empire...
MONTRICHARD, arec embarra».
Madame!...
LA COMTESSE
Eh! mon Dieu! qui n'a pas été fonctionnaire sous l'empire ... Vous rappelez-vous ces compagnons du général Moreau qui allèrent rejoindre une frégate anglaise?...
MONTRICHARD
Sous prétexte d'un déjeuner, d'une promenade en rade!...
LA COMTESSE
Où je vous avais invité... Ne vous fâchez pas... vous voyez, comme je vous le disais, que nous avons déjà combattu l'un contre l'autre sur terre et sur mer... Aujourd'hui, nous voici de nouveau en présence, vous, cherchant toujours, moi, cachant encore, du moins à ce que vous croyez... Rien de changé à la situation, sinon que vous êtes aujourd'hui préfet de la royauté. Mais ce n'est là qu'un détail. Eh bien ! baron, suivez mon raisonnement... ou M. de Flavigneul est ici, ou il n'y est pas!
MO^TRICHARD.
Il y est. Madame !
A moins qu'il n'y soit pas.
MONTRICHARD
Il y est.
LA COMTESSE
Décidément?... Eh bien! vous savez comme je cache, cherchez?... (Elle se lèye.)
MONTRICHARD. l] se lève.
Vous verrez comme je cherche... cachez!... Ah ! madame la comtesse, vous me prenez pour le novice de 98, ou pour l'éculiei de 1804. Mais j'étais jeune alors, je ne le suis plus!
LA COMTESSE
Hélas!... je le suis moins!
MONTRICHARD
L'ardent et crédule jeune homme est devenu homme!
38â BATAILLE DE DAMEb.
LA COMTESSE
Et la jeune fille est devenue femme! Ah! monsieur le baron, vous venez m'attaquer... chez moi! dans mon château! Pauvre préfet! quelle vie vous allez mener! je ris d'avance de toutes les fausses alertes que je vais vous donner. Vous serez en plein sommeil!... debout! le proscrit vient d'être aperçu dans une mansarde. Vous serez assis devant une bonne table, car vous êtes fort gourmet, je me le rappelle... à cheval ! M. de Flavigneul est dans la forêt!... Allons, parcourez le château, fouillez^ interrogez... et surtout de la délîance! défiez-vous de mes larmes ! défiez-vous de mon sourire!... quand je parais joyeuse, penfcz que je suis inquiète... à moins que je ne prévoie cette prévoyaiicc. et que je ne veuille la déconcerter par un double calcul... ah! ah! ah!
HEiNRÎ, à pari.
Par le ciel, cette femme est ravissante!
LA COMTESSE, à Henri.
Servez des rafraîchissements à monsieur le baron... Prenez prenez... des forces, baron... vous en aurez besoin... Voyimt
qu'Henri fil encore et n'apporle rien.) Eh bien ! qUC failCS-VOUS là nvCC VOS
bras pendants 3t votre mine bêtement réjouie... Servez donc?...
Adieu! baron... ou plutôt au revoir!... fA Montrichard en s'en allant)
car si vous devez rester ici jusqu'à capture faite... vous voilà chez moi en semestre... (Lui faisant h révérence.) ce dont je me félicite de tout mon cœur... Adieu! baron, adieu ! (Eiie son p^r h
porte du fond,)