‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 40 sur 353 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DESGAUDETSj sortant de la porte à gauclie ; ALBERT, entrant par le fond. DESGAUDETS.

Vous, mon jeune ami... chez moi... et de si bon matin!

ALBERT^ regardant autour de lui.

Je n'ai pas pu dormir de la nuit.

DESGAUDETS.

Et pourquoi donc, s'il vous plaît?

Un espoir... un rêve... auquel je ne peux croire, et dont je n'oserais parler à personne au monde... et puis... une chose qui vous contrariera sans doute, et que je me hâte de vous apprendre, pour que vous ne m'en vouliez pas. Depuis hier, je rencontre une foule de gens qui me tendent la main et m'accablent de prévenances : « J'espère que la fortune ne vous fera pas oublier « vos amis, » me disent-ils, et ils me complimentent en me saluant du nom de votre gendre ! J'ai beau répondre que Ton me flatte d'un honneur qui n'est pas, ils prennent ma franchise pour de la discrétion, et semblent refuser de me croire!

DESGAUDETS.

Le peu de mots, que j"ai dit hier à mon ami le chef de bureau, aura ians doute causé cette erreur, qui vous prouvera l'excellence de mon système... à r-avoir : que tel petit mensonge innocent aura souvent rapporté beaucoup plus qu'une grosse vérité... Et si vous en doutez encore, je vous avouerai que Ton m'a prévenu ce matin, et en confidence, que mon gendre le capitaine allait être nouimé chef d'escadron!

ALBERT

Moi!

Ava[iceuient mérité !

DESGAUDETS.

ALBERT

Qui cependant n'est accordé qu'à votre gendre, quand depuis longtemps il aurait dû Tètre, à moi, à ma conduite, à mes blessures!... Et une telle injustice.

DESGAUDETS.

N'allez-vous pas vous en fâcher, et réclamer?

Oui, sans doute!

DESGAUDETS.

Eh! acceptez toujours?... n'importe à quel titre!

ALBERT

Et si l'on m'accuse un jour de n'avoir obtenu ce grade que par l'intrigue et la faveur.

DESGAUDETS, haussant les épaules.

Une pareille calomnie!...

ALBERT

Eh! mon Dieu... il s'en répand souvent de si absurdes... Votre ami le chef de bureau, que j'ai rencontré et qui est très-discret, car il ne m'a pas parlé de moi, m'a appris que la femme de mon pauvre général, madame de Saint-Avold, allait voir sa pension augmentée, à la sollicitation d'un grand seigneur; et, en effet, vous m'aviez promis, hier, de faire recommander par M. de Marignan, une pétition...

DESGAUDETS.

Qu'il a apostillée de sa main, et que j'ai portée moi-même à son ami, le secrétaire général.

ALBERT

Eh bien! Monsieur, on a ajouté avec un sourire malin : « Il paraît que ce grand seigneur protège madame de Saint-Avold d'une manière toute particulière et qu'il lui porte même, en secret, Tintérèt le plus vif... — Ce n'est pas, me suis-je écrié; qui a pu vous dire une pareille imposture? — Le premier commis, qui le tenait du secrétaire général lui-même!...» Vous comprenez qu'à l'instant j'ai couru dans les bureaux...

DESGAUDETS, effrayé.

Ah ! mon Dieu !

Chez le premier commis... chez le secrétaire général, rétablissant les faits et la vérité... leur disant que madame de Saint- Avold avait cinquante-cinq ans... leur prouvant que M. de Marignan ne la connaissait même pas et ne l'avait jamais vue.

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