ACTE V, SCÈNE I
doute... Vous ne vouliez rien dire! il fallait deviner!... J'ai tout vu... voti'e physionomie taciturne, Tair intrigué du comte; et en sortant de table, vous lui avez dit à voix ba.5se : Je vais vous attendre au salon. Je Tai entendu... J'étais derrière vous!... C'est pourquoi... me voici. Maintenant, Monsieur, qu'est-ce que cela signifie?
ALBERT
Vous le saurez plus tard.
CORINNE
C'est une provocation... c'est un duel!
ALBERT
Eh non ! une simple explication !
CORINNE
Vous avez promis devant moi à Antonia... de ne rien risquer qui puisse la compromettre, vous avez juré que son nom ne serait même pas prononcé, entre vous et M. de Marignan.
ALBERT
J'ai tenu ce serment, et je le tiendrai encore... Mais il se présente, grâce au ciel, une circonstance... une occasioi] qui n'a aucun rapport avec Antonia, ni avec mon amour, et rien ne peut m'empècher de la saisir.
CORINNE
Cette occasion, quelle est-elle?... ne puis-je la connaître?
ALBERT
C'est inutile... c'est une question qui ne peut être discutée par des femmes... mais il ne sera pas dit... que je me laisserai enlever celle que j'aime sans la disputer... moi qui porte une épée... Non, non, tant que je serai vivant, il ne l'épousera pas!... J'y suis résolu... Sans cela, compreiidriez-vous que j'assistasse tranquillement à son triomphe... et à cette fête...
CORINNE
Vous voyez donc bien. Monsieur, que vous voulez vous battre avec M. de Marignan.
ALBERT
Oui.
Et pour Antonia?
CORINNE
ALBERT
Non... pas pour elle!... mais pour une autre cause... pour celle de l'honneur et de la vérité.
T. ui. 6
98 LE ruFF.
CORINNE
Je ne vous comprends pas. Monsieur.
Je vous ai dit que cela n'était pas nécessaire. Mais cette explication ayra lieu.
CORINNE
Et moi, je m'y oppose ; non-seulement pour vous, mais pour M. de Marignan. Je ne veux pas qu'il soit tué !... Ce n'est pas ainsi qu'il doit être puni... ce serait trop tôt fait. Je lui réserve une expiation... plus longue, et qui m'est toute personnelle. (Vivement.) Aiusi, confiez-mol tout!..= à moi, votre alliée... votre amie.
ALBERT
Non, non, cela ne regarde que moi... le voici! de grâce, laissez-nous!... Je ne veux pas qu'il nous voie ensemble.
CORINNE
So't. (A part.) Mais si je n'y vois pas, j'entendrai! (Eiie entre dans
le cabinet à gauche.)