SCÈNE
ALBERT, LE COMTE, MAXENCE, BOUVARD, sortant de la porte â» f.tid-
MAXENCE, au comte.
Et VOUS restez là, raori cher, vous ne venez pas au petit salon entendre ce qu'on dit de vous!
BOUVARD
Deux membres de FAcadémie des sciences viennent d'arriver et ils ne tarissent pas d'éloges sur votre second volume qu'ils ont déjà lu.
MAXENCÈ.
Comme tout Paris!
BOUVARD
Comme tout le monde!
LE COMTE, bas, à Albert d'un air suppliant.
Vous l'entendez. Monsieur!...
MAXENCE
Monsieur de Pongibault, le professeur de sphère céleste et de géographie, s'extasie sur la vérité des détails topographiques.
ALBERT, avec colère.
En vérité!... un professeur!...
LE COMTE, d'un air suppliant.
Monsieur!...
BOUVARD
Il trouve surtout le caractère et les usages des tribus arabes dtjcrits avec une lucidité... une profondeur...
MAXEISCE.
Surtout la tribu des... comment dites-vous?...
BOUVARD
Des Beni-Ballaboud...
MAXEKCE.
Justement... c'est, dit-il, le tableau le plus pittoresque et le plus fidèle! mieux que personne il peut en juger. 11 y a été...
ALBERT, avec indignation.
ïl y a été !... voilà qui est trop fort !
BOUVARD, froidoinent.
Avec une mission du gouvernement... (Avec chaleur.) Et j'oubliais
de vous dire que votre ami !(} secrétaire général, a été tellement touché du fait d'armes de la Mahoura qu'il ne connaissait pas...
ALBERT, à part.
Je crois bien !
Qu'il m'a demandé un exemplaire pour le faire lire au ministre, enfin, et c'est l'avis unanime, votre élection est assurée, vous devez arriver demain à l'Académie ou pour le moins au prix Gobert.
ALBERT
Gomment?
BOUVARD, à Albert.
Dix mille livres de rentes destinées au morceau de l'Histoire de France le mieux fait et le plus véridique... (Montrant le comte.) 11 y
a des droits, l'Algérie est la France. (Au comte qui modère avec peine sa
colère.) Oui, Monslcur, votre modestie a beau s'indigner, vous y avez des droits.