SCÈNE PREMIÈRE
L'ABBE, appuyé sur la toilette, LA PRINCESSE, assise en face de la toilette, sur un canapé.
LA PRINCESSE, aclievant de se coiffer.
Quoi, Tabbé, pas une historiette... pas le moindre petit scandale?...
l'abbé.
Hélas! non!
LA PRINCESSE
Votre état est perdu î Vous devez, d'obligation, savoir toutes les nouvelles... C'est pour cela que les dames vous reçoivent le matin à leur toilette... Donnez-moi la boîte à mouches... Voyons,
dJ6 ADRIENNE LECOIYREUR.
cbfirdK z bien... je vois, à votive air mystérieux, que vous savez plus quu vous ne dites...
l'abbé Des nouvelles insignifiantes... certainement! Vous apprendrais-je que mademoiselle Lecouvreur et mademoiselle Duclos doivent ce soir jouer ensemble dans Bajazet, et qu'il y aura une foule immense?...
LA PRINCESSE
Après?... Un instant, l'abbé... Placeriez- vous cette mouche à à la joue... ou à l'angle de l'œil gauche?...
L ABBE, passant derrière le canapé.
Si madame la princesse ne m'en veut i)as de ma franchise, j'auiai le courage de lui dire... que je me prononce ouvertement contre le système des mouches.
LA PRINCESSE
C'est toute une révolution que vous tentez là... et, avec votre air timide et béat... ie ne vous aurais jamais cru un lévite si audacieux.
l'abbé.
Timide... timide... avec vous seule.
LA PRINCESSE
Ah bah!... Eh bien' vous disiez donc?.,. Votre autre nouvelle?...
L*ABBÉ
Que la représentation de ce soir est d'autant plus piquante que mademoiselle Lecouvreur et la Duclos sont en rivalité déclarée. Acirienne Lecouvreur a pour elle le public tout entier, tandis que la Duclos est ouvertement protégée par certains grands seigneurs, et même par certaines grandes dames, entre autres par la princesse de Bouillon !
LA PRINCFSSE, se mettant du rouge.
Par moi?
l'abbé.
Ce aont chacun s'étonne. Et l'on commence même, dans le grand monde, à en rire
la PRINCESSE, avec hauteur.
Et pourquoi^ s'il vous plaît?
L aBBE, avec embarras.
Pour des motifs que je ne puis ni ne dois vous dire... parce que ma délicatesse et mes scrupules...