‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 95 sur 353 · ACTE T. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE T. SCÈNE I

LA PRiINCESSE.

Des scrupules... à vous, raiîbé!... Et vous disiez qu'il n'y avait iieti de nouveau?... (Se levant.) Achevez donc I... Aussi bien, ma loilette est terminée... et je n'ai plus que dix minutes à vous duniier...

l'abbé.

Eh bien! Madame... puisqu'il faut vous le dire, vous, petitefille de Sobiesky, et proctie ]:arente de notre reine, vous avez pour rivale mademoiselle Duclos, de la Comédie française

L PRINCESSE

En Vérité !

l'abbé.

C'est la nouvelle du jour... Tout le monde la connaît, excepté vous, et comme rela peut vous doiner un ridicule... je me suis décidé, malgré l'amitié que me porte M. le prince de Bouillon, votre mari, à vous avouei...

. Que le nrince lui a donné une voilure et des diamants! l'abbé.

C'est vrai !

la princesse.

Et une petite maison...

l'abbé.

C'est vrai !

la princesse.

Hors les boulevards de Paris, à la Grange-Batelière.

L ABBÉ, étonné.

Quoi ! princesse, vous savez ?... ,

LA PRINCESSE

Bien avant vous, bien avant tout le monde!... Écoutez-moi, mon gentil abbé, le tout pour voire instruction. M. de Bouillon, mon mari, quoique prince et grand seigneur, est un savant : il adore les arts, et surtout les sciences. Il s'y était adonné sous le dernier règne.

l'abbé.

Par goût?..,

LA PRINCEg^SE.

Non ! pour faire sa cour au régent, dont il s'efforçait de devenir la copie exacte et fidèle; il s'est appliqué, comme lui, à la chimie, il :■}, comme lui, un laboratoire daiiS ses appartciiieiits, que >ais-je? 11 souille et il cuit toute ia journée; il est en cor-

U8 ADRTENNE LECOUVREUR.

respondance réglée avec Voltaire, dont il se dit Télève. Ce n eSc plus le boiirgoois gentilhomme, c'est le gentilhomme bourgeois qui prer)d un maître de philosophie... toujours pour ressembler au régent... Et vous comprenez que, voulant pousser Timitation aussi loin que possible, il n'avait garde d'oublier la galanterie de son héros... Ce qui ne me contrariait pas excessivement... Une femme a toujours plus de temps à elle... quand son mari est occupé... et pour que le mieî», même infidèle, restât dans ma dépendance, j'ai pardonné à la Ducios, qui ne fait rien que par mes ordres, et me tient au fait de tout. Ma protection est à ce prix, et vous voyez que je tiens parole ! l'aube.

C'est admirable ! Mais, qu'y gagnez-vous, princesse?

LA PRINCESSF,

Ce que j'y gagne?... C'e.>t que mon mari, craignant d'être découvert, tremble devant la pelite-fille de Sobiesky dès qu'elle a un soupçon... et j'en ai quand je veux... Ce que j'y gagne? c'est qu'autrefois il était Irès-avare, et que maintenant il ne me refuse rien! Commencez-vous à comprendre?... l'abdé.

Oui, oui... c'est une infidélité d'une haute portée et d'un grand rapport !

LA PRLNCESSE.

Le monde peut donc me plaindre et gémir de ma position, je m'y résigne, et si vous n'avez, cher abbé, rien autre chose à m'apprendre...

L ABBE, timidement.

Si, xMadame! une nouvelle...

LA PRIKCESSE, gouriant.

Encore une 1

l'abbé, de même.

Qui me regarde personnellement... et celle-là, je crois être sur que vous ne vous eu douiez pas... C'est que... c'est que...

LA PRIKCESSE, gaiement.

C'est que vous m'aimez!

Vous !e saviez!... Est-il possible!... Et vous ne m'en disiez rien 1

la PRINCESSE.

Je n'étais pa$ obligée de \ous Taunoncer...

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