‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 98 sur 353 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

conduit à la mort... c'est, du reste, ce qui sera aemontré, car j'analyserai, j'expérimenterai et je ferai mon rapport...

LA PRINCESSE

Très-bien! mais cette analyse scientifique m apprendra-t-elle. Monsieur, ce que vous êtes devenu hier toute la journée?...

LE PRINCE, bas, à l'abbé.

Une scène de jalousie affreuse...

L ABBE, de même.

Qui se prépare...

LE PRINCE, de mêma.

Sois tranquille... (Haut, à la princesse.) Cc quc je faisais, Madame?... je surveillais moi-même une surprise... que je vous réservais

pour aujourd'hui. (Il lui présente un écrin.)

LA PRINCESSE, vivement.

Qu'est-ce donc?...

LE PRINCE, à l'abbé, à voix basse.

Voilà comme on s'y prend ! cela les étourdit, les éblouit, les empêche de voir...

LA PRINCESSE, oui vient d'ouvrir l'écria*

Des diamants superbes!...

LE PRINCE, tenant toujours l'abbé.

Et quant à l'analyse de cette poudre diabolique... voici mon raisonnement... vois-tu bien, l'abbé...

L ABBE, à part, avec un soupir

Encore une dissertation chimique!... (ii écoute le prince, qui lui

parle bas et avec chaleur.)

LA PRINCESSE

Regardez donc, ma charmante, comme ce bracelet est distingué !

ATHÉNAÏS

Et monté d'une façon si remarquable... c'est exquis!

LA PRINCESSE

Venez donc, l'abbé... venez admirer comme nous,

l'abbé.

Moi!,., admirer!... je ne peux pas, j'écoute.

LE PRINCE

Oui, je lui explique... et il ne comprend pas... mais je vais

lui montrer... (ll fait quelques pas du côté du meu'le.) l'abbé, le retenant.

Non pas... non pas... une poudre pareille, qu'il suffit de respirer... i)Our qu'à l'instant... j'aime mieux ne |)as coniiJremh't'...

Allez toujours! (Le prince continue à parler bas à l'abbé. Tons les deux sont prèi de la table, à droite; pendant ce temps, Athénaïs et la princesse mit été s'asseoir sur le canapé, à gauche, près de la toilette.)

LA PRINCESSE, assise.

Et nous, très-cbère^ pendant que ces Messieurs parlent science, parlons du motif de voire visite, et du service que vous attendez de moi.

ATHÉNAÏS, assise.

Je vous confierai, princesse, qu'il y a un talent... que j'admire, oue j'adore... celui de mademoiselle Adrienne Lecouvreur.

LA PRINCESSE

Eh bien?

ATHÉNAÏS

Eh bien ! est-il vrai (comme M. le prince s'en est vanté tout à riieurc chez mon oncle le cardinal) que mademoiselle Lecouvreur vienne demain soir chez vous, et y récite des vers?

LE PRINCE, s'avançant tors les deux dîmes. Nous l'avons invitée. (L'al.bé a ?uivi le prince, et les acteurs sont dans l'ordre suivant : Alhénaï?, sur la canapé, à gauche; l'a-bé, derrière U canapé ; la princesse, assise près d'Alhénaïs ; le prince, debout, près de sa femme.) LA PRINCESSE.

Oui, quoique je ne partage pas votre enthousiasme, ma mignonne, et que mademoisello Duclos, chacun le sait, me semble bien supérieure à sa rivale; mais c'est une fureur! un engouement! tous les salons du grand monde se disputent mademoiselle Lecouvreur...

l'abbé.

Elle est à la mode !

LA PRINCESSE

Cela tient lieu de tout... et comme madame de Noailles, que je ne peux souffrir, avait compté demain sur elle pour sa grande soirée, je me suis empressée, depuis huit jours, de l'inviter, et j'ai là sa réponse.

ATHÉNAÏS, vivement.

Une lettre d'elle !... Ah ! donnez, que je voie son écriture.

LE PRINCE

Vous disiez vrai : c'est une passion réelle!

ATHÉNAÏS

Je ne manque pas une de ses représentations... mais je ne l'ai jamais vue de près... On assure qu'elle apporte dans le choix de

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