RUGE.H
Henriette, je peux t' assurer...
HENRIETTE
Oui, vous allez mentir, mais c'est inutile, car on m'a tout raconté. Apprenez, Monsieur, que le petit Félix, le garçon du traitem-, vous a vu passer hier soir avec deux autres messieurs; et où alliez-vous comme cela, s'il vous plait, avec un air de mystère?
ROGER
Où j'allais! apprends que je n'en sais rien.
HENRIETTE
Oh! VOUS n'en savez rien! Eh bien! moi, Monsieur, je le sais!
ROGER, avec joi«,
U serait possible!
HI.NRIETTE.
Oui, certainement; madame Bertrand m'a tout raconte?. C'est imc femme hien eslimahle, qui me i)laint, nui m'aime; car si vous ne maimez pas, il ne faut pas croire «pie tout le monde soit comme; vous. Le petit Félix, qui est venu relrouver la noce, lui a raconté ce ^u'il avait vu, et (juc vous alliez sans doute à quelque rendez-vous, à qiiehpie aventure mystérieuse; et cette pauvre femme, en rentrant chez elle, en était tellement occupée qu'elle ne pouvait plus dormir, Icjrsque près d'une heure après, elle entend le roulement d'une voiture, et alors... (Fondant en larmes.) Mais c'cst plus fort qUC moi,
et je ne pourrai jamais achever.
ROGER
0 ciel! Henriette, je t'en prie, je t'en supplie, continue : il y va de mes jours, il y va de mon bonhem-.
HENRIETTE
De votre bonheur!... Eh bien! perfide, puisque vous m'y forcez, c'est vous-même qu'elle a vu descendre de cette voiture; vous étiez avec les mêmes personnes, et vous êtes entié dans ce grand et superbe hôtel, qui est habité par des étrangers.
ROGER
Qu'entends-je?
HENRIETTE
L'hôtel de ce seignem- turc.
ROGER, se jetant à genonx.
0 mon Dieu ! je te bénis !
HENRIETTE
Oui, Monsieur, demandez-moi pardon, vous avez raison.
ROGER, se relevant.
Ma femme, ma chère amie, si tu savais quel bonhem"!... Mais je n'ai pas le temps... Je t'aime, je t'adore; je m'en vas.
(Rencontrant madame Bertrand, qui entre par le fond.) Ma VOisillC, VOUS
voilà; restez avec ma femme, consolez-là, pai'lez-lui; je reviens
dans l'instant, (il sort par le fond en courant.)