ACTE 1. SCÈXE H. ^c
— « Le rose est de son goût. »
Que de mal, de tourments' Et qu'il faut de talents.
Quand on veut satisfaire les femmes!
Il faudrait pour toujours.
Enchaînant les amours, Conserveries amants de ces dames!
On a tant d' mal déjà A garder ceux qu'on a!
(Elle se retourne, et ses ouvrières , qui s'étaieut levées pour l'écouter, se rasseyent vivement.) LE CHœUR.
Travaillons, Mesdemoiselles, etc.
(pendant la reprise de ce chœur, madame Charlotte examine le travail de chacune des ouvrières. )
MADAME CHARLOTTE
Ah! si on n'était pas là poux- surveiller! (a Mina.) Qu'est-ce que vous faites là ? quel est cet ouvrage?
MINA
C'est poui* madame de Saldorf, la femme du chambellan.
MADAME CHARLOTTE
Cette grande dame si vertueuse ! si exemplaire ! la protectrice d'Henriette! ( s'approchant d'Henriette.) Et VOUS, Mademoiselle, à quoi VOUS occupez-vous?
HENRIETTE
C'est pour mon mariage.
MADAME CHARLOTTE
En eflet, c'est demain qu'on vous marie, (soupirant.) Pauvi-e enfant!
MINA
Je ne vois pas qu'elle soit si à plaindre; épouser M. Fiitz, un joli garçon et le plus riche tapissier de Vienne ! certes, si j'étais à sa place!...
TOUTES
Et moi aussi!...
MADAME CHARLOTTE
Silence! Mesdemoiselles, on ne vous demande pas votre avis.' Je conviens que M. Fritz n'est pas mal, et qu'il est changé à son avantage, surtout depuis quelques mois, depuis la mort de sou oncle Dominique, dont il a hérité; mais il est si déliant, si soupçonneux, si jaloux!
jgg LA FIANCEE.
HENRIETTE
Lui, Madame!
MADAMK CHARLOTTE.
Ah! je le connais mieux que vous! car tout le monde sait qu'autrefois il avait eu des intentions, et que certainement il n'aurait pas demandé mieux; mais c'est moi qui ai refusé, parce que, quelque vertu que l'on ait, elle court trop de danger avec un mari jaloux, ne fût-ce que par esprit de contradiction. Du reste, ce que j'en dis, c'est pour vous prévenir et par amitié pour vous, car dès que ce mariage doit se faii'c, j'aime autant que ce soit demain.
JlINA.
Vraiment !
MADAME CHARLOTTE
Oui, Mademoiselle! Depuis un mois que M. Fritz vient ici tous les soirs pour vous faire la corn-, c'est d'un très-mauvais effet dans une maison telle que la mienne, aux yeux de mes pratiques qui ne sont pas obligées de savoir qu'il s'agit de mariage, sans compter que cela peut donner des idées à ces demoiselles.
TOCTES.
Ah! Madame!
MADAME CHARLOTTE
Silence! je dois aussi vous prévenir que la noce se fait demain à l'hôtel et dans les jardins de M. de Saldorf, qui nous a toutes invitées.
TOUTES quittent leur ouvrage et se lèvent.
Ah! quel bonheur! quel bonheur!
MADAME CHARLOTTE
Et j'espère que, pour la tenue, la mise et la décence, vous ferez honnem- à la maison où vous avez l'avantage de travailler; d'ailleurs, je serai là! (a Henriette.) Tenez, portez làhaut ces cartons; et vous, Mesdemoiselles, il est temps de rentrer et de fermer le magasin, car voici le soir. (Regardant à droite du spectateur.) Dieu! encore M. Fritz que j'aperçois ! (aui
jeunes filles qu'elle fait rentrer.) AUonS, alloUS, dépêchons •. m'avez- VOUS entendue? (Elles rentrent toutes dans le magasin, et Mina, qui est restée la dernière , enlève l'auvent et ferme le contrevent de la boutique, tout cela sur la ritournelle de l'air suivant.)