ACTE I, SCÈXE IV
FRITZ
Ce n'est pas à vous que je parle, c'est à elle. Oui, mademoiselle Henriette, je sais tout ce que vous valez; je suis trop heureux que vous vouliez bien m'aimer, et j'ai en vous autant de confiance que j'ai d'aniour et de vénération.
HENRIETTE, lui tendant la main.
Pauvre Fritz !
MAPAMK CHARLOTTE.
Que je ne vous dérange pas; je m'en vais. Mais j'oubliais, Mademoiselle, de vous remettre une carte qu'on a apportée tantôt pour vous.
HENRIETTE
Une carte pour moi?
MADAME CHARLOTTE
Oui, un colonel, un beau jeune homme.
FRITZ, vivement.
Un jeune homme.
MADAME CHARLOTTE
Dans un superbe équipage attelé de quatre chevaux gris. Madame, m'a-t-il dit, Henriette Miller est-elle ici?
FRITZ
Comment ! Henriette tout com-t? moi qui vous dis toujours mademoiselle !
MADAME CHARLOTTE
Monsieur, ai-je répondu, elle est ici en face, chez madame de Saldorf, la femme du chambellan. Soudain je l'ai vu pàlU' et changer de couleur. Madame, a-t-il repris d'une voix trèsémue, dites-lui que c'était un ami qui était venu pour la voir, et qui reviendra demain. Et il est parti en me laissant cette carte.
FRITZ, la prenant.
Donnez. (Lisant.) « Le comte Frédéric de Lowenstein. »
HENRIETTE, avec joie.
Frédéric !
FRITZ
« Colonel des carabiniers. » Vous connaissez des carabiniers, et vous ne m'en parliez pas ! Eh ! mais, qu'est-ce que cela veut dire? et d'où vient le trouble où je vous vois?
HENRIETTE
Moi!
MADA.MI. (.HMll.OTTE.
Pardon, ma chère Honriptle, d'avoir commis une iiuliscrction; si j'avais su... si j'avais pu me douter...
HKNRtP.TTf:.
Il n'y a point de mal, Madame; depuis trois ans le comtt^ de Lowcnstcin était prisonnier en Russie ; on l'avait cru mort, et je vous remercie du plaisir que vous m'avez causé en m'annonçant son arrivée.
FRITZ
Qu'est-ce que cela signifie? Parlez; je veux savoir...
HtNRitrrE.
C'est ce que je voulais vous apprendre. Monsieur; mais à vous, vous seul.
MADAME CHARLOTTE
C'est-à-dire que je suis de trop. Je m'en vais, mon voisin; mais quoique vous ayez bien mal interprété jusqu'ici l'amitié que je vous porte, je ne vous donnerai qu'un dernier conseil :
prenez garde à vous ! (Elle reatre dans la boutique à gauche.)