‹ Opéras - comiquesChapitre 230 sur 305 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

MADAME CHARLOTTE, FRITZ, assis près du comptoir à droite. MADAME CHARLOTTE, entrant par la porte à gauche.

Quel événement! j'en suis encore indignée! compromettre la réputation, Thon eur de ma mai.son! car cela se l'épandra, j'en suis sûrej la vertu des iiugères et des modistes a déjà eu

ACIK m,, SCÈNE I« 231

tant de peine à setablii-, qu'une piuville aventure n'est pas laite pour augmenter la confiance.

FRITZ , toujours assis.

Je n'en puis revenir encore.

MADAME CHARLOTTE

Eh bien! mon pami-e monsieur Fritz...

FRITZ

Eh bien! madame Ciiarlotte, qu'en dites-vous?

MADAME CHARLOTTE

Je dis que cela ne m'étonne pas, que je l'avais toujours prévu; mais j'étais dans :ine si singulière position ! Une jeune veuve, votre voisine, maîtresse comme vous de ma liberté, et une fortune indépendante, vous auriez pu me supposer des idées! A moi, des idées, grand Dieu! voilà pourquoi je ne vous disais rien de mes soupçons.

FRITZ

Vous m'en parliez toute la journée.

MADAME CHARLOTTE

C'était donc malgré moi , et vous voyez si j'avais tort. Une demoiselle de comptoir, élevée comme une princesse; la lecture, le dessin, la musiijae; toujours dans l'hôtel de ce chambellan où madame de Saldorf l'avait prise pour demoiselle d'honneur, et je vous demande comme ce titre lui allait bien !

FRITZ

Deux amants à la fois !

MADAME CHARLOTTE

Élevée dans le gi'and monde, elle en a pris les manières. 11 faut dire aussi, pour l'excuser, car moi je ne demanderais pas mieux, qu'il était bien difficile de résister au comte de Lowenstein : un jeune seigneur si brave, ai riche, si généreux ! car hier, dans un instant qu'il est resté ici, il a acheté pour deux ou trois mille florins de tissus et de cachemires qu'on ne lui a môme pas encore envoyés. Et vous pensez bien que ce sont là des moyens de séduction, même auprès des grandes dames qui y sont faites; à plus forte raison avec des vertus qui n'en ont pas l'habitude.

Eh! morbleu! qu'importe? il u'en est pas moins vrai qu'avec tout cela je suis abandonné, que je si;is!... Eniiiî, madame Charlotte, je suis trahi# c'est un fait.

MADAMK CHARLOTTE.

Je ne dis pas non.

FRITZ

Et ce qu'il y a d'iiicompréheiisil)le, c'est que cette perfide, je l'iiimais autrefois. Eli bien! depuis sa trahison, je crois que je l'aime encore plus!

MADAMii: CHARLOTTE.

Eh ! mon Dieu ! ces pauvres hommes sont toujours comme cela.

FIUTZ.

C'est comme une fièvre avec des redoublements de rage; et vous, qui vous y connaissez mieux que moi, qu'est-ce qu'il y a ù faire dans ces élats-là?

MADAME CHAHL0TTE.

Il y a bien des partis à prendre.

FRITZ

Mais enfin, si vous étiez à ma place, que feriez-vousî

MADAME CH;\RLOTTE.

Ce que je ferais?

DDO.

Bannissant la tristesse.

Bannissant les regrets, J'oublîrais ma tendresse.

Et gaiment j'en rirais.

FRITZ

Vous croyez qu'il faut riref

MAUAME CHARLOTTE.

Il faut rire avec nous.

Et puis surtout vous dire...

FRITZ

Voyons, que diriez-vous?

MADAME CHARLOTTE

Je me dirais : Lors(|ue l'on est aimable. Jeune, riche et galant.

Un accident semblable N'a rien de désolant.

FRITZ

Lorsque l'on est aimable, etc.

MADAME CHARLOTTE

Fuyant une traîtresse Indigne de mon cœur.

Page 1