‹ Opéras - comiquesChapitre 232 sur 305 · ACTE Iir. SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE Iir. SCÈNE II

HENRIETTE , relevant la tète avec dignité.

Je n'ai rien fait, Madame, qui puisse vous doiuier le droit de me traiter ainsi; ce n'est pas vous qu'il m'importe de persuader, c'est monsieur Fritz.

FRITZ

Moi!

HENRIETTE

Je VOUS jure, Monsieur, par ce qu'il y a de plus saint au monde, que je ne vous ai point trompé, que je n'ai point tralii mes devoirs.

FRITZ

Eli! comment M. le comte de Lowenstein, que ce matin vous me peigniez si noble et si généreux, pourrait-il vous accuser lui-même?

HENRIETTE

Je l'ai entendu, et je ne puis le croire encore.

MADAME CHARLOTTE

Quand il aurait gardé le silence, il est des faits qui parlent d'eux-mêmes; car enfin cette chaîne d'or que M. Frédéric portait hier, n'est-ce pas lui qui vous l'a donnée?

HENRIETTE

C'est vrai.

FRITZ

Et pourquoi l'avez-vous acceptée? et pourquoi M. de Saldorf soutenait-il qu'elle venait de lui? Vous vous entendiez donc tous pour me tromper, pour me trahir! c'était lui complot général !

HENRIETTE

Toutes les apparences sont contre moi, j'en conviens; et Madame et tout le monde ont le droit de m'accuser. Mais vous, peut-être, vous ne le deviez pas.

FRITZ

Et pourquoi cela?

HENRIETTE

Vous m'aimiez, disiez- vous; vous vouliez mériter mon estime, mon amour. Eh bien ! tout m'accable, tout m'abandonne: je suis sans protecteur, sans appui; je n'ai pour moi que ma propre conscience, que le témoignage de mon cœur; je n'ai point d'autres preuves à vous donner; ètes-vous as.^^ez généreux poiu* y croire, pour me défendre seul contre l'opiuion qui m'accuse?

236 LA ïïiAvr.ÉE.

nuTz.

Mam'selle Henriette!

Vous n'aurez point à vous en repentir, je vous le jure; c'est acquérir à ma reconnaissance des droits éternels, c'est m'enchahier à vous par un bienfait, que ma vie entière pourrait à peine acquitter. Oui, Fritz, je ne vous ai point trompé, je suis digne de vous, je l'atteste devant Dieu qui m'entend. Me croyez-vous?

FRITZ

Mais écoutez donc.

MADAME CHARLOTTE, bas à FriU.

Seriez-vous encore sa dupe ?

HENKIETTE.

Répondez; au fond du cœur, me croyez-vous?

FRITZ, hésitaut et regardant madame Charlotte.

Eh bien ! eh bien, non !

HENRIETTE, froidement.

Il suffit. Il ne m'importe plus maintenant de vous convaincre, et toute affection est éteinte en mon cœur.

FRITZ

Oui, perfide! oui, vous l'avez voulu; je reprends ma foi pour l'offrir à quelqu'un qui en fut plus digne que vous, à madame Charlotte, dont j'ai méconnu la tenflresse; c'est elle que j'aime, cpie j'épouse.

MADAME CHARLOTTE

Pour vous , Mademoiselle , je vous donne encore jusqu'à ce soir; d'ici là vous pouvez chercher un autre asile, et je m'en vais écrire à votre père pour lui apprendre les motifs de votre départ.

Mon père! (lU sortent.)

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