SCÈNE III
LE MARQUIS, seul, entrant mystérieusement. (Au moment où ils sortent, le marquis parait au haut de l'escalier à droite.)
Us sont tous retirés dans leurs appartements, et personne, gi-àce au ciel, ne m'a vu monter cet escalier. Orientons-nous. Au premier, m'a-t-on dit, la seconde chambre au bout du corridor. Voici bien la première chambre, j'y suis. Pour la seconde, est-ce celle-ci? (Regardant par la porte à droite que Zerline a
laissée ouverte.) Non, uu cabinet noir avec des portemanteaux, des rideaux. (Regardant de l'autre côté.) Alors voilà saus doute la porte du corridor qui conduit chez l'Anglais. Pas d'autre issue, notre proie ne peut nous échapper. Il s'agit maintenant d'avertir mes compagnons qu'on a logés dans la grange, (ouvrant la fenêtre du fond.) Us devraient déjà être dehors, et je ne les vois pas! la nuit est si sombre... Peut-être rôdent-ils autour de la
280 FRA-DfAVOLO.
maison. (Apercevant uue mauduliuc accrocbée à l'un des murs.) AllonS,
le signal convenu. Et si on m'entendait! qu'im[)Oite? Je ne peux pas dormir, je chante. On chante jour et nuit en Italie. O'ailleurs ma chanson n'éveillera pas de soupçons. C'est celle que iredonnent toutes les jeunes filles qui attendent leurs araoïueux : et elle est joliment connue dans le pays.
BAHCAROLLE.
PREMIER COUPLET
Agnès la jouvencelle,
Aussi jeune que belle.
Un soir à sa tourelle
Ainsi chantait tout bas :
La nuit cachera tes pas,
On ne te verra pas, La nuit cachera tes pas ;
Et je suis seule, hélas!
C'est ma voix qui t'appelle,
Amij n'entends-tu pas?
DEUXIÈME COUPLET
L'instant est si prospère.'
Nulle étoile n'éclaire
Ta marche solitaire.
Pourquoi ne viens-tu pas?
Lejour^ ma grand' mère, hélas!
Est toujours sur nos pas.
Mais ma grand'mère, là-bas.
Dort après son repas.
L'instant est si prospère!
Ami, n'entends-tq^pas?
(A la fin du couplet, Beppo et Giacomo paraissent à la croisée du fond.)