RONDEAU
Il faut se hâter, le temps presse, 11 faut se hâter de jouir !
Le sort, qui nous caresse.
Demain pourra nous trahir.
Quand des périls de toute espèce Semblent toujours nous menacer.
Et plaisir et richesse, U faut gaîment tout dépenser.
298 FRA-T)rAvnLO.
Ah! le bel état!
Aussi puissant ((u'un potentat,
Parlout j'ai des droits.
Et moi-même je les perçois.
Je prends, j'enlève, je ravis Et les femmes et les maris.
J'ai fait battre souvent leur cœur, L'un d'amour, l'autre de frayeur.
L'un en tremblant dit : Monseigneur!
Et l'autre dit : VAmr voleur ! cher voleur !
Il faut se hâter, le temps presse, etc.
Oui, tout mon plan est arrêté, et j'espère que cette fois messire Lorenzo ne pourra plus le déranger. Six heures viennent de sonner à l'horlo^^e de l'auberge; dans une heure j'en serai débarrassé. Il est jaloux, il est brave : il ira au rendezvous, (souriant.) J'ai donué ma procuration à mes compagnons qui l'attendent, et qui se font toujours une fête de mettre du plomb dans la tête d'un brigadier romain. Moi, pendant ce temps, et sitôt que le détachement sera parti... Oui, si j'ai bonne mémoire, le père de Zerline, Mathéo, revient ce matin avec son gendre pom' la noce; et pendant qu'ils seront tous à la chapelle, les billets de banque de Milord, ses bijoux, et jusqu'à Milady... je lui dois cela, je l'inviterai à venir passer quelque temps avec nous à la montagne. En sera-t-elle fâchée? Elle le dira. (Avec fatuité.) Mais je ne le crois pas; il est si agréable de pouvoir raconter son aventure dans toutes les
sociétés de Londres. ( Contiefaisaut une vois de femme.) «Ah! ma
chère, (pielle horreiu'! j'ai été enlevée par les brigands les plus aimables, les plus respectueux. — Vraiment? — Je vous le jure. « Elles voudi-ont toutes, d'après cela, faire le voyage d'Italie. (Regardant autour de lui.) L'essentiel est de guetter le départ de Lorenzo et celui du détachement. Je ne vois pas paraître Beppo etGiacomo que j'ai laissés ici en éclaireurs; et je nose les aller chercher dans l'auberge; car les carabiniers sont sm' pied, et je rencontrerais ce paysan qu'ils ont amené et qui me connaît... Un ingrat! qu'on s'est contente de voler. Voilà une leçon pour l'avenir. (Écoutant.) On vient! (Tirant des
♦.ablettes.) AyOUS reCOUrS au messager convenu. (Montrant un des
arbre» du bosquet à droite.) Le creux dc cct arbrc... à Beppo et à Giacomo, deux roots qu'eux seuls pourront comprendre, (il décbir»