‹ Opéras - comiquesChapitre 76 sur 305 · ACTE T, «CKNP: ITT · texte numérisé non relu

ACTE T, «CKNP: ITT

que la haute société du faubourg Saint-Antoine, ça vous rend fièro et difficile; mais nous autres, nous sommes de simples artisans qui n'y faisons pas tant de façons ! je suis un maître serrurier qui n'a rien; je donne ma sœur Henriette à un brave et honnête maçon qui n'a pas grand'ohose ; voilà qui est convenable, il n'y a pas de mésalliance. Et puis, dites donc, madame Bertrand, un maçon et un serrurier... nous ferons à nous deux une bonne maison.

MADAME BERTRAND

Voilà encore vos plaisanteries !

BAPTISTE

Ah ! dame ! pour ce qui est des plaisanteries , on les fait comme on peut. Je n' sommes pas des académiciens; je célèbre la noce de ma sœur hors barrière, parce que le vin coûte moins cher, et que c'est moi qiii paie. Nous sommes un peu nombreux, et on était serré à table : il n'y a pas de mal, c'est que nous avons des amis. Et quant à la tenue de Roger avec ma sœur, s'il est amoiu"eux de sa femme, ne voulez-vous pas qu'il prenne quelqu'un pour le lui dire ? Je ne sais pas comme ça se pratique dans les noces de grands seigneurs; mais nous autres artisans , nous faisons l'amour nous-mêmes, entendezvous, madame Bertrand.

MADAME BERTRAND

Eh! mon Dieu! vous médites cela d'un ton... Croyez-vous, monsieur Baptiste, qu'on soit jalouse du bonheur de votre sœur?

Eh mais! qu'y aurait-il d'étonnant? Roger était votre premier garçon ; vous aviez un faible pour lui ; et sans l'amour qui le tenait poiu" Henriette, il serait à l'heure qu'il est propriétaire de votre main et de votre fortune ; du moins c'est ce qu'on dit dans le quartier.

MADAME BERTRAND

Voyez-vous les caquets et les mauvaises langues ! On pourrait supposer que j'ai eu pour lui des préférences ! D'abord, monsiein- Baptiste, vous devez vous rappeler que je vous en ai dit toujours du mal.

BAPTISTE

C'est vrai, mais ça ne prouve rien ; parce que vous en dites de tout le monde, même de vos amis,

MADAME BERTRAND

Ah ! j'en dis de tout le monde ! je ne vous ai pourtant pas

onrniT fait p;\vt de mes soupçons sur le beau mruinr;e que vous venez de l'aire. N'avez-vous [)as raconté à table, tout à l'iieure, q«U'. Roqer avait a|i|)orlé en dot une eiu<{iiautaine de louis, et que c'était cela qui vous avait décidé à lui donner votre sœur?

BAPTISTE

C'est vrai.

MADAMK BERTRAND.

Eh bien ! vous, monsieur Baptiste, qui êtes d'ordinaire si timide, si défiant, pom* ne pas dire si poltron ; car, gi'àce au ciel, vous avez peur de tout, et la crainte de vous com[)romettre vous ferait faire toutes les sottises du monde.

BAPTISTE

Ah çà! qu'est-ce qu'elle a donc à me dénoncer et à m'atta-' quer? est-ce que je suis le marié?

Savez-vous seulement comment ces cinquante louis sont arrivés à Roger? où les a-t-il acquis? où les a-t-il gagnés? ce n'est pas chez moi; car il y a huit jom's, quand il est sorti, il n'avait rien.

BAPTISTE

Au fait, c'est étonnant.

MADAME BERTRAND

Et ça ne vous a pas donné d'inquiétudes?

liAPTlSTE.

Pas, du moins jusqu'à présent; mais voilà que ça me prend, èes cinquante louis qui lui sont arrivés tout à coup, sans qu'on sache comment... Et si cette aventm-e-là vient aux oreilles du prévôt des marchands, ou de M. le lieutenant civil , je puis être compromis, non pas certainement que Roger ne soit un brave garçon, et moi aussi; mais je vous le demande, qu'estce que ça signifie de venir me donner ces idées-là, aujourd'hui qu'il est mon beau-frère?

MADAME BERTRAND, avec -volubilité.

Écoutez donc, c'était dans votre intérêt; mais si ça vous contrarie, mettez que je n'ai rien dit, et parlons d'autre chose. Vous n'avez pas oublié que demain, mon voisin, vous venez dîner chez moi, et je vous promets un beau spectacle. Vous savez que ma maison touche à l'hôtel de cet ambassadeur étranger, ce vilain Turc qui, quand il sort, fait comlr après sa voiture tous les petits gai'çons du faubourg; eh bien! on dit que demain il doit partii- a^ec ses mamamouchis. Le

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