‹ Opération de la hernie étrangléeChapitre 11 sur 12 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Hernie inguinale gauche étranglée depuis huit jours; taxis répété; opération; perforation de l’intestin; suture; réduction. Guérison.

Marie B...., âgée de 38 ans, est entrée, le 15 novembre 1860, salle Saint-Augustin, n° 20 (service de M. Michon).

Atteinte d’une hernie inguinale gauche depuis quatre ans, habituellement réductible; n’a jamais porté de bandage.

Devenue enceinte, elle n’a plus été gênée par la hernie.

Elle a accouché le 30 octobre : huit jours après l’accouchement , le mercredi à deux heures de l’après-midi, sa hernie est sortie.

Elle a eu immédiatement des accidents, envies de vomir, douleurs de ventre , bientôt après des vomissements.

Le jeudi seulement, un médecin fait des tentatives inutiles de taxis. Il ne les renouvelle que le samedi. Elle est ensuite restée cinq jours, jusqu’au mercredi 14, sans médecin.

Le mercredi , à huit heures du soir, M. Michon a été appelé et a essayé inutilement le taxis. II lui a conseillé d’entrer à l’hôpital. Depuis la sortie de la hernie, elle a eu des vomissements qui sont devenus fécaloïdes.

15 novembre. On trouve dans la région inguinale gauche une tumeur grosse comme un petit œuf de poule, ovalaire, dirigée obliquement de haut en bas, de dehors en dedans, de gauche à droite.

Cette tumeur est douloureuse à la pression ; en remontant au sommet de la tumeur, on sent qu’elle est fortement étreinte. L’orifice inguinal externe ne paraît pas produire l’étranglement; c’est plutôt le collet du sac.

A dix heures du matin , on procède à l’opération. La peau , les tissus sous-cutanés incisés, on arrive sur le sac qui laisse s’écouler une quantité considérable de sérosité. On trouve l’intestin adhérent, malgré cette sérosité , aux parois du sac dans une assez grande étendue. On s’aperçoit en même temps d’un petit perluis de l’intestin qui laisse sortir un liquide blanchâtre. Cette forme de perfo-

ration montre bien qu’elle n’a pas été produite par le bistouri ; les parois de l’intestin ne sont pas trop altérées.

Avec trois aiguilles à coudre, on passe trois fils qu'on noue audessus de la perforation, et on coupe les fils au ras (suture de Lembert). On détache les autres adhérences, et, le débridement fait sur le collet du sac, on réduit tout l’intestin hernié, qui avait environ le volume d’une noix.

M. Letenneur, chirurgien de l’hôpital de Nantes, en voyant la perforation, proposait d'établir un anus contre nature.

A cinq heures du soir, la malade a eu cinq ou six selles sous l’influence d’une bouteille d’eau de Sedlitz. Les vomissements ont cessé; le ventre est souple et peu douloureux. La malade se trouve bien ; le pouls est un peu fort, 96.

Le 16. Le mieux se soutient; le cours des selles est définitivement rétabli.

Le 17, une petite tasse de bouillon.

Le 19. Deux bouillons seulement. Le mieux persiste.

Le 21 . Un potage. On augmente peu à peu son alimentation ; bouillons épais, panades.

Le 30. Une portion. La malade va très-bien et la plaie se cicatrise.

7 décembre. I.a malade n’a eu aucune espèce d’accident ; la plaie est complètement cicatrisée.

Celte dernière observation est celle qui présente le plus d’intérêt. Durée de l’étranglement, taxis répété, perforation de l’intestin, tout devait faire prévoir un résultat fatal ; et c’est cependant un des plus beaux cas de guérison que l’on puisse observer. Les perforations de l’intestin ne sont donc pas aussi redoutables qu’on pourrait le croire au premier abord. Ce fait-là, réuni aux précédents, nous semble capable de faire hésiter les chirurgiens décidés quand même à établir des anus contre nature. M. Michon ne prescrit pas l’opium après l’opération; il donne les purgatifs légers, comme dans les cas ordinaires.

Note relative à l'observation îre

23 juillet.

Le malade avait marché rapidement vers la guérison ; mais il présente en ce moment, du côté de la poitrine, des signes de tuberculisation qui peuvent compromettre son existence

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