OBSERVATION VIII
Hernie inguinale double; la hernie gauche est étranglée ; taxis répété; bande en caoutchouc; opération; perforation de l’intestin; suture; réduction; péritonite. Mort; autopsie.
C.... (Louis), âgé de 33 ans, garçon marchand de vins, entre, le 21 janvier 1860, salle Saint-Gabriel, n° 17, service de M. Michon.
Il a deux hernies inguinales depuis douze ans. Ces hernies n’ont pas été maintenues au début; il est resté quinze mois sans bandage. Deux fois il a eu, du côté gauche, des accidents qui ont nécessité son entrée à l’hôpital, il y a deux ans pour la première fois, et la deuxième fois il y a un an. La hernie est restée irréductible deux jours la première fois, et trois jours la deuxième; mais, de ce côté, il est toujours resté une masse épiploïque irréductible.
21 janvier. A huit heures du malin, dans un moment de colère, une anse intestinale s’est échappée au-dessous du bandage; un médecin a essayé inutilement le taxis, et le malade entre à l’hôpital à deux heures de l’après-midi.
A son entrée, on trouve une tumeur cylindrique, tendue et douloureuse à la pression ; elle occupe le côté externe de l’orilice inguinal externe gauche, et en déprimant la peau, on sent la partie interne de l’orifice parfaitement libre et l’on peut y engager le doigt. De cette façon, on sent le pédicule de la hernie dur, tendu, se continuant dans l’abdomen. Le malade a des vomissements bilieux depuis le matin. Le pouls très-lent, 50 pulsations.
1862. — Dieuzaide. 6
Lavement purgatif; glace sur la tumeur.
J’essaye le taxis vers quatre heures. Ayant échoué avec les doigts, j’emploie par deux fois, avec mon ami et collègue Mousteu, la bande en caoutchouc préconisée par M. Maisonneuve; elle ne réussit pas mieux.
Je renouvelle encore vers neuf heures , après un deuxième lavement et un bain d’une heure, une tentative de taxis sans plus de succès.
M. Michon arrive à dix heures du soir, essaye encore le taxis, et ne se décide pas à opérer en apprenant qu’il y a un an cette même hernie s’est réduite après plusieurs tentatives de taxis , au bout de trois jours d’irréductibilité.
Les vomissements sont toujours bilieux ; les douleurs pas trop vives. On laisse la glace à demeure, et on donne un lavement d’eau froide avec une longue canule.
Frictions sur la tumeur avec une pommade belladonée.
Le 22. Vomissements verdâtres; constipation opiniâtre; douleurs vives; mais le pouls toujours à 50 pulsations. M. Michon se décide à opérer.
La peau est incisée de haut en bas suivant l’axe de la tumeur. Les couches sous-cutanées traversées, il découvre le sac et l’incise: une quantité considérable de sérosité sanguinolente s’écoule. 11 découvre une anse d’intestin volumineuse, débride le collet du sac, et amène à l’extérieur l’anse d’intestin, sur laquelle on aperçut alors nue petite perforation : un liquide rougeâtre s’échappe par celte ouverture. M. Michon vide en partie l’anse intestinale, et applique trois points de suture d’après la méthode de Lembert; puis il cherche à réduire. L’anse intestinale est maintenant flasque, mais ne présente pas des signes certains de gangrène; la réduction est facile ; l’épiploon laissé à demeure.
On applique trois points de suture entortillée dans le bas de l’incision, et on applique à plat un pansement simple.
On lui donne dans la journée de l’eau de Seltz et un verre d’eau de Sedlitz.
Le soir, vers quatre heures, le pouls est à 80 au lieu de 50; douleurs vives dans le ventre; langue sèche, quelques hoquets, face congestionnée. Je lui fais appliquer 40 sangsues sur le ventre; je prescris des frictions d’onguent napolitain après les sangsues , et lui fais donner 2 verres d’eau de Sedlitz.
Le 23, le malade ne se trouve pas mieux : nausées toute la nuit, vomissements légers, douleurs vives dans le ventre; deux selles.
Le soir, vomissements verdâtres abondants ; douleurs très-vives dans le ventre, le malade n’ose pas le toucher; pouls à 1 16 ; ventre ballonné. — Frictions d’onguent napolitain belladoné; cataplasmes; glace dans la bouche.
Le 24. Le malade a la face grippée, le pouls très-petit, il se sent à peine; ventre ballonné, très-douloureux; vomiss; menls nombreux, d’un vert foncé; deux ou trois selles. — Opium, 0,10 gr. en 10 pilules, une toutes les heures. Il meurt à dix heures du matin.
Le 25. Autopsie. — En ouvrant l’abdomen, on trouve l’épiploon déjeté à gauche, tendu et roulé comme une corde dans sa partie inférieure, qui se termine dans le scrotum. Quantité considérable de pus dans l’abdomen ; on amène au dehors l’anse intestinale qui avait été étranglée; elle est rouge noirâtre, et présente à sa surface une couche de fausses membranes jaunes. Des adhérences qui se détachent facilement la tiennent repliée sur elle-même.
Les points qui avaient été le siège de l’étranglement présentent une ligne noirâtre un peu plus foncée.
Le point perforé qui avait été suturé est complètement bouché; les bords de la perforation réunis par de la lymphe plastique ; les fils sont dans le même état qu’au moment de l’opération.
En ouvrant l’intestin, on trouve la muqueuse rougeâtre, présentant par places des plaques jaunâtres assez adhérentes; elle est ramollie et présente au niveau de l’étranglement une ligne plus foncée, indice d’une altération plus considérable de ia muqueuse.
On trouve dans la plaie une masse épiploïque considérable, ayant la forme d’une poire à grosse extrémité tournée en bas , et ayant le volume du petit doigt dans son extrémité supérieure, au niveau de l’anneau.
C’est l’épiploon qui constituait la partie toujours irréductible de la tumeur, ce qui explique le développement considérable qu’a pris son extrémité inférieure.
L’anneau aponévrotique est large.
On trouve les débris du collet du sac qui ont été le siège du débridement; ils présentent des plis dans la partie postérieure, qui est intacte , le débridement ayant porté sur la partie antérieure.
Le testicule est sain et situé au-dessous du sac; les éléments du cordon sont à la partie posléro-interne de la tumeur.
La hernie inguinale du côté droit est peu développée et ne présente rien à noter. C’est l’intestin grêle qui la constituait.
Cette observation est remarquable par la lenteur du pouls, coïncidant avec des signes bien caractérisés d’étranglement. Le taxis a été fait à trois reprises, et de plus on a appliqué deux fois la bande en caoutchouc préconisée par M. Maisonneuve. C’est là un moyen que je crois dangereux ; on ne sait pas au juste la pression que l’on exerce; elle est d’une application difficile : aussi j’y renonce complètement. Celte observation ne prouve rien contre la réduction après suture dans les cas de perforation. 11 n’y avait pas d’épanchement dans l’abdomen ; la plaie était parfaitement réunie par de la lymphe plastique ; les plis étaient intacts.
La forme de la perforation indiquait qu’elle n’avait pas été produite dans le débridement. Elle ne siégeait pas au niveau de l’étranglement; elle avait probablement été produite par le mécanisme indiqué dans l’observation 3.