PROLÉGOMÈNES
Idée générale de la question. — La perfectibilité est indéfinie. — Les pinces hémostatiques réalisent un progrès dans l'iiémostase. — Leur mode d'action est supérieur aux autres instruments en usage. — Des diverses méthodes de compression.
L'usage de mes pinces hémostatiques agissant d'après le principe d'une compression très-forte, à même de dessécher les tissus comprimés, a fait entrer la chirurgie dans une voie de progrès qui permet d'entreprendre avec plus de chances de succès les opérations graves accompagnées jusqu'à présent d'une perte de sang considérable. L'application de ces pinces aux opérations simples en rend l'exécution plus prompte et plus facile. Ce nouveau procédé de compression des vaisseaux permet de produire en quelques minutes, d'une manière rapide, une hémostase définitive; il supprime d'une manière à peu près complète les ligatures; il diminue autant que possible la perte de sang et il abrège la durée des opérations, qu'il simplifie.
Le procédé du pincement n'est pas nouveau; mais avant 1867 le pincement des vaisseaux par des instruments quelconques n'a jamais été utilisé d'une manière courante et systématique comme méthode rapide d'hémostase définitive. C'est
dans la perfection relative du pincement, dans la rapidité, dans la facilité du procédé que consiste le progrès. La perfectibilité étant indéfinie, je n'ai fait que de contribuer dans une certaine mesure à perfectionner l'hémostase par l'usage des pinces hémostatiques. Les chirurgiens qui voudront bien y recourir, reconnaîtront certainement leur supériorité sur les autres moyens, toutefois avec les réserves que j'ai formulées.
On peut arrêter parfaitement les hémorrhagies, soit temporairement, soit définitivement, par toutes sortes de moyens, avec les doigts, des instruments ou des pinces quelconques; mais l'usage de mes pinces est plus efficace, plus rapide, plus sûr, plus pratique.
Antérieurement, un grand nombre de chirurgiens ont opéré, ainsi que moi-même, une hémostase définitive à l'aide d'un pincement permanent des vaisseaux dans des cas urgents, de propos délibéré, mais accidentellement dans des cas spéciaux, en laissant les instruments compresseurs à demeure, d'une manière prolongée, pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.
La méthode d'hémostase par compression excessive que j'ai inaugurée en 1867, diffère essentiellement du pincement ordinaire à l'aide des pincettes compressives, des serre-fines, des serre-fortes, des pinces à pression continue, des presse-artères, etc., qui n'ont guère été utilisées que dans un b«t d'hémostase temporaire, avant d'entourer les vaisseaux d'une ligature. Ces instruments ne pouvaient servir à arrêter rapidement et définitivement une hémorrhagie que d'une manière accidentelle , lorsqu'ils avaient été appliqués sur des vaisseaux trèsgrêles, tandis que le pincement excessif de mes pinces hémostatiques, desséchant en quelque sorte la partie comprimée, fait cesser, dans un espace de 15 à 20 minutes, d'une manière définitive, l'hémorrhagie des vaisseaux de petit et de moyen calibre et permet de faire rapidement la plupart des opérations
sans recourir à une seule ligature, ou sans laisser aucune pince à demeure.
Le perfectionnement du pincement est obtenu par un instrument commode, simple, puissant, d'un maniement et d'une application rapide.
La compression temporaire, avant de recourir à la ligature, que M. le professeur Verneuil a désignée sous le nom de fordpressure passagère, était un premier progrès dont les doigts des aides, les pincettes compressives, les serre-fmes, les serrefortes, les pinces à coulisse, les pinces à torsion, les pinces à pansement ont successivement marqué les diverses étapes.
La pince hémostatique n'est qu'une pince analogue, perfectionnée, dont les usages sont multiples, et qui est susceptible de produire un effet plus puissant; elle détermine l'hémostase définitive par forcipressure rapide.
Dans les cas ordinaires on peut arriver au même résultat avec des pinces quelconques, pourvu que la pression soit assez ■énergique et suffisamment prolongée. Cette dernière méthode d'hémostase a été désignée sous le nom de forcipressure prolongée. Elle a été connue très-anciennement.
Quoique l'usage de mes pinces remonte à 1865, je ne les ai appHquées jusqu'en 1867 que dans un but d'hémostase temporaire, pour remplacer les serre-fortes et les autres pinces avant d'appliquer les ligatures. Guidé par l'observation et par l'expérience-, je les ai employées peu à peu à l'hémostase définitive à partir de 1867.