APERÇU HISTORIQUE
mportancc de l'hémostase rapide. — Des divers moyens d'Iiémostase. — Leur désuétude et leur emploi actuel. — L'hémostase avant l'usage de la ligature des vaisseaux.
De tout temps on s'est préoccupé d'arrêter le plus vite et le plus sûrement l'hémorrhagie dans le cours d'une opération ou à la suite d'un accident traumatique, etc., parce que la
perte du sang constilue un danger très-sérieux, immédiat pour le blessé, en même temps qu'elle entrave l'acte opératoire. Dans ce but on a imaginé les moyens les plus variés destinés, en général, soit à comprimer les vaisseaux, soit à coaguler le sang à l'orifice des vaisseaux divisés, soit à rendre l'orifice des vaisseaux imperméable au cours du sang. Il suffît d'en donner ici une énumération sommaire. Tels sont: — la compression temporaire des parties saignantes à l'aide des doigts, de pinces, etc.; — le tamponnement forcé des plaies, secondé par les astringents et les styptiques, ainsi que par l'application des absorbants des anciens, tels que la charpie, l'éponge, l'agaric, les toiles d'araignée, etc.; — l'aplatissement, le pincement et la constriction des tuniques artérielles des gros vaisseaux par les palettes de bois en forme de pincettes de Desault, le compresseur d'Assalini, les pincettes, les pinces et les serrenœuds quelconques; — la compression en masseparlescasseaux des vétérinaires, la ligature médiate à l'aide d'aiguilles, l'acupressure à l'aide d'épingles de M. Simpson, l'uncipression à l'aide de deux crochets agissant en sens contraire de M. Vanzetti, la filopressure de M. Dix^ la ligature et la compression en masse des membres, les bandages compressifs, la compression élastique de M. Esmarch; — la ligature immédiate, sans
1. La Dlopressure a été décrite par A. Paré, ainsi çfu'il résulte du passage suivant des Œuvres de l'illustre chirurgien du seizième siècle : «Tu prendras une aiguille longue de quatre poulces ou environ, quarrée et bien frenchante, enfilée de bon fil en trois ou quatre doubles de laquelle tu relieras les vaisseaux à la façon qui s'ensuit : Tu passeras ladite aiguille par le dehors de la playe à demy-doigt ou plus à côté dudit vaisseau, iusques au travers de la playe, près Porilice du vaisseau; puis la repasseras sous ledit vaisseau, le comprenant de ton fil, et feras sortir ton aiguille en ladite partie extérieure de Tautre costé dudit vaisseau,' laissant entre les deux chemins de ladite aiguille, seulement respace d'un doigt, puis tu lieras ton fil assez serré sur une petite compresse de linge en deux ou trois doubles de la grosseur d'un doigt , qui cngardera que le nœud n'entre dedans la chair, et l'arresteras seurement. Je te puis asseurer que jamais après telle opération on ne voit sortir une goutte de sang des vaisseaux ainsi liez.» — Paré, Œuvres, Lyon, 1633, p. 360.
cautérisation préalable, inaugurée par Parc', puis tombée complètement dans l'oubli, que Desault eut le mérite de faire rétablir en France par ses conseils, vers la fin du dernier siècle', alors qu'elle était recommandée et admise en Allemagne^ telle qu'on la pratique de nos jours, à l'aide de liens constricteurs quelconques , depuis les rubans et les fils végétaux ordinaires, la soie, les fils métalliques, jusqu'aux liens fabriqués avec des lanières de peau, des intestins de clivers animaux, le catgut phéniqué, etc., — les modifications chimiques, physiques, mécaniques des extrémités des vaisseaux divisés, telles que la cautérisation par des substances caus-
1. A. Paré a conseillé, dans les amputations, de recourir à la ligature directement, immédiatement après ropération, et non pas seulement après la cautérisation au fer rouge, au cas où Thémorrhagie ne pouvait pas être arrêtée.
— «Qu'il soit vray, on ne voit oncques de six ainsi cruellement traictez par les cautères tant actuels que potentiels, eschapper deux, encores estoient-ils longtemps malades, et mal aisément estoient les playes ainsi bruslées menées à consolidation. Parce le conseille au icune chirurgien de laisser telle cruauté et inhumanité pour plustost suivre cette mienne façon de practiquer, de laquelle il a pieu à Dieu m'adviser, sans que iamais Teusse veu faire à aucun, oiiy dire, ny leu, sinon en Galien, au 5. livre de sa méthode, où il escrit quMl faut lier les vaisseaux vers les racines, qui sont le foye et le cœur, pour estancher le grand flux de sang.» — A. Paré, Œuvres, Lyon, 1633, p. 361.
Cependant le procédé de ligature de Paré n'était pas celui de la ligature immédiate dans le sens restreint et moderne qui consiste à ne lier que les vaisseaux eux-mêmes et qui ne date guère que de la lin du dix-huitième siècle.
— «Le sang escoulé en quantité suffisante (prenant toujours indication des forces du malade) il faut promptement lier les grosses veines et artères si ferme qu'elles ne fluent plus. Ce qui se fera en prenant lesdits vaisseaux avec tels instruments, nommés becs de corbin. De ces instruments faut pinser lesdits vaisseaux les tirant et amenant hors de la chair. Ce faisant il ne te faut estre trop curieux de ne pinser seulement que lesdits vaisseaux, pource qu'il n'y a danger de prendre avec eux quelque portion de la chair des muscles, ou autres parties : car de ce ne peut advenir aucun accident. Ainsi tirez on les doit bien lier avec un bon fil qui soit en double.» — Ibid., p. 360.
2. Desault, Œuvres chirurgicales. Paris, 1801 , t. I, p. 16, dans l'éloge de Desault par Bichat.
3. Metzger, Z/awiÔMcft der Chirurgie. léna, 1791, p. 67. — «La ligature doit comprendre seulement le vaisseau, non en même temps les tissus voisins.»
tiques, par le fer rouge, etc., la cautérisation galvanique, la torsion et le refoulement des artères d'Amussat, la perplication des artères de M. Stilling, l'arrachement et la mâchure des vaisseaux, l'action de la glace, la position élevée, etc.
Un grand nombre de ces moyens hémostatiques sont entièrement tombés dans l'oubli, parfois après avoir eu une vogue éphémère; les autres, presque tous en général, ne peuvent être employés d'une manière courante, soit en raison de la difficulté ou des lenteurs de leur exécution, soit en raison des accidents qui les accompagnent, de leurs inconvénients, ou de leur inefficacité relative. D'ailleurs, dans ces derniers temps, pour l'hémostase définitive, on n'a guère conservé que la ligature immédiate des vaisseaux, précédée parfois d'une hémostase temporaire par l'appHcation de pinces compressives. La cautérisation au fer rouge et au thermocautère, la galvanocaustique, l'acupressure , la torsion, le tamponnement, etc., en raison de leurs [inconvénients, ne peuvent être employés que dans certaines circonstances.
Avant l'emploi habituel de la ligature, qui ne date guère que de la fin du dix-huitième siècle, les procédés de la chirurgie, pour arrêter la perte de sang à la suite des opérations, ne le cédaient en rien aux pratiques les plus barbares de la torture. C'est ainsi que la section des tissus avait lieu le plus souvent avec des cautères en forme de couteaux massifs, ou cautères cultellaires, chauffés au rouge, suivant les préceptes des chirurgiens arabes, que Fabrice de Hilden recommandait encore au commencement du dix-septième siècle'; les surfaces
1. Fabrice de Hilden, Opéra, Francfort, 1646, p. 812. tAd impediendam hxmorrhagiam cheirurgi cauterium cultellare excogitarunt, quo et ego multoties maximo cum fructu œgrolis usas sum: quando quidein incidendo carnem nsque ad os, venus quoque et ar tétras simul comburendo corrugat. Porro excellentiam hujiis cauterii non satrs extollere possim. >
saignantes étaient cautérisées au fer rouge', à l'huile bouillante, avec de la poix fondue, etc.
Les anciens chirurgiens, du reste, connaissaient l'usage de la ligature dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, du temps de Gelse, de Paul d'Égine, d'Aetius, etc., dont les Arabes conservèrent les traditions^ Dans les blessures ordinaires, on avait d'abord recours au tamponnement, à la compression , à la ligature, aux astringents, aux slyptiques, etc., puis en dernier lieu au cautère actuel \ Mais, dans les am-
1. Fabrice de Hilden, Opéra. Francfort, 1646, p. 812. «Quod siprseler spem algue opinionem, etiamsi cidis et caro cauterio acluali abscissœ fuerint , sanguis, uU sxpissime accidit, projluxerit , protinus cauteriis sphwricis sistendus, tandemque os setTâ abscindendum est, imprimls si seger extenuatus ac debilis fuerit.
«Alii unico tantutn modo cauterio eoque adeo lato, ut tolum truncum obtegere possit uluntur, eoque vasa omnia venarvm et arteriaruvi corrugare tentant : verum incerta, ne dicam inepta est operatio. Verne enini simul et arteriœ cum primum abscissœ f uerint, sursum retrahuntior, ila ut cauterium illud latum illas, propter eminentiam ossis attingere non possit. Intérim cutis propter vehemenliam ignis comburilur et contrahilur, curationemqv£ difficiliorem, ac cicatricem imbecillem reddit.»
2. Guy de Chauliac, Chirurgia magna, p. 148. Lyon, 1585. — «Quartus modus qui fit per ligaturam est magis conveniens arleriis qux inprofundo sunt. Et fit hoc modo secundum Avicennam , 1. 4, f. 4, tr. 2, c. 17. Excorietur arteria, et unco trahatur, etfilo serico involvatur et ligetur fortiter.»
Tagault., De chirurgica institutione libri quinque. Lyon, 1567, p. 265. — « Quartus modus supprimendx profîisionis sanguinis qui fit funiculo vasi sanguinem fundenli circumposito , competit prœsertim arteriis , quœ in penitioribus delilescunt. Ilaque .ti alia auxilia projluvio vincuntur, arterix nudandx sunt, ut Avicenna prxcepit, et hamo apprehensœ, mox vinculo gracili, utfilo serico, excipicndx , ac fortiter stringendx sunt.»
3. Celse, De Medicina, liber quintus, fol. LV. Lyon, 1516. — cSiccis linamentis vulnus implendum est siipraque imponenda spongia ex aqua frigida expressa ac manu super comprimenda. Quodsi rodentia, adurentiaque medicamenta profluvio vincunt, veux qux sanguinem fundunt appreliendende circa id quod iclum est, duobus locis deligende. intercidende que sunt ut tum in se ipse coeanl et nihilominus ora prxclusa haheant. Ubi ne id quidcm res patitur possunt ferro candenti aduri. »
}M\cT, De materia chirurgica. Paris, 1552, c. XIII. — «Aliquando V0'o ubi in .luperficietn vasa exponuntur, digitus impressus hxmorrhugiain .sistif,
piUalions des membres, la ligature n'a été employée avant A. Paré et même postérieurement que dans les circonstances où le fer rouge avait été impuissant à arrêter l'hémorrhagie : on recourait alors soit à la ligature médiate, en circonscrivant à l'aide d'une aiguille munie d'un fil les tissus dont le sang continuait à jaillir, soit à la ligature directe du vaisseau préalablement dénudé ^
Les pinces à ligature dont on se servait primitivement, vers la fin du seizième siècle, du temps d'Ambroise Paré, avaient des formes massives et grossières qui rendaient les manœuvres extrêmement longues et difficilesl Par suite, la cautérisation au fer rouge, plus rapide dans son action, continua encore longtemps à être employée de préférence à la ligature.
Les progrès de la chirurgie dans le courant de ce siècle, le perfectionnement des instruments, l'ancsthésie du patient, la simplification de l'hémostase, permettent de nos jours d'entreprendre les opérations qui paraissaient jadis les plus inabordables et les plus cruelles.
coacto grumo. Qux si in profundo Ment, nec facile digilo continguiilur, hamo prelmulere ^ leniter intorquere et lacjueo intercq^ere ojwrlet. Nonnunquam volsella capta ulrinque funiculo iUaqueantur et média prxciduntur ut exlrema in se révulsa coeant. Id vero in majoribus vasis non caret piericulo. Desperatis aliis auxiliis, ad ignem et cauteria veniendum.»
1. Jean de Vigo, Practica in arte chirurgica copiosa. Lyon, 1516, De vulneribus, L. III, fol. LXV. — xilodus aute^n ligationis earum (venarum et arleriarumj alioquin efficilur intromittendo acum sub venam, desuper Jllum slringendo cum facilitate , aut ligent venam ipsam excoriando deinde in sitperiori capite cum fdo optime sli-ingalo.n
2. Fabrice de Hilden, Opéra. Francfort, 1646, p. SiL c Ad Uganda cnim vasa, unum post allerum (nisi cheirurgus manu promptissivius fuerit) tempus requiritur : at quia sanguis intérim projluit, ac deperditur, non nisi inplethoricis et robustioribus tentanda est.»