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Gaz. méd. Paris, 1875, p

M. Péan a employé la foîTipressure prolongée sur une trèslarge échelle dans sa pratique. Grâce aux pinces hémoslaliques, il a pu simplifier et perfectionner le procédé opératoire anciennement connu, de manière à pouvoir l'appliquer plus aisément et je reconnais volontiers qu'il s'est efforcé de le généraliser dans ses opérations.

M. Verneuil ignorait complètement la véritable paternité des pinces hémostatiques dans ses quatre premiers articles sur la forcipressure*. C'est alors qu'il en a eu connaissance par le petit mémoire intitulé: De la Réunion des plaies, que je lui ai envoyé et dont j'ai reproduit le passage où j'ai fait mention de mes pinces.

Les résultats très-sommaires que j'indiquai et que confirmait en partie le mémoire de MM. Deny etExchaquet, paraissent avoir jeté quelque indécision dans l'esprit de mon trèshonoré collègue de la Société de chirurgie, qui termina son 5® article sur la forcipressure par les considérations suivantes:

n Je crois volontiers à l'action rapide de la forcipressure, sachant bien qu'avec la simple compression digitale (moyen évidemment moins énergique) on arrête en une heure et même moins le sang provenant de vaisseaux d'un volume notable. Mais je sais aussi qu'il faut se méfler de ces hémostases temporaires et craindre à leur suite les hémori'hagies secondaires précoces. Aussi je me demande sur quel indice on se hase pour enlever telle pince au lieu de telle autre, abstraction faite du cas où l'on se i-appellc exactement la situation des plus gros vaisseaux. — C'est pourquoi, jusqu'à plus ample information, je crois prudent ou de faire des ligatures, ou de laisser les pinces en place pendant au moins 12 ou 24 heures ^»

M. Verneuil, en formulant ainsi prudemment son opinion sur les pinces hémostatiques alors connues à Paris sous le nom

1 . « Pour être complet, je devrais maintenant faire connaître des essais récents dus à M. Anceiet, à M. l'can, à un de ses élèves et à nous-niéme, et qui marqueront sans doute pour la méthode une période nouvelle.)/ Bull, et Mém. de la Soc. de chir. Paris, 1875, 1. 1, p. 295. De la Forcipressure comme succédané de lu ligature (.3« article), par M. le professeur Vei'neuil.

2. Jiull. et Mém. de la Soc. de chir. Paris, 1875, t. I, p. G65.

de pinces de M. Péan, se trouvait exactement dans la situation d'esprit où je me trouvais avant 1867 lorsque j'éprouvais les mêmes craintes avant d'avoir osé appliquer la compression excessive comme agent d'hémostase rapide et définitive'. M. Péan mieux avisé, profitant de mon expérience, suivit alors presque d'emblée mon exemple en 1868, toutefois avec timidilé, en laissant les pinces à demeure d'une manière prolongée sur les vaisseaux un peu notables, ce qui est tout à fait inutile, en général, en se servant de pinces dont la pression est plus puissante et plus nette. Sous ce rapport la pratique de M. Péan est encore bien arriérée, ainsi que nous l'apprennent MM. Deny et Exchaquet :

«Dans toutes les ablations de tumeurs du seiu gue nous avons vu pratiquer par M. Péan, à l'Iiôpital Saint-Louis, le plus grand nombre des pinces étaient enlevées après l'opération, tandis que les autres restaient en place pendant quelques heures. Comme on le verra par les observations, il n'est pas en général nécessaire de laisser plus de 5 à 7 pinces dans la plaie et cela de 6 à 24 heures après l'opération

Si les pinces de M. Péan avaient été suffisamment compressives, ainsi que je l'ai fait depuis neuf ans dans une cinquantaine d'opérations semblables , il aurait pu les retirer toutes au bout d'une demi-heure au plus. Dans ces circonstances j'ai très-exceptionnellement appliqué une ou deux ligatures, le plus souvent intentionnellement, pour établir un drainage prolongé suivant leur direction.

Lors de l'apparition du mémoire de MM. Deny et Exchaquet,

1. M. Tillaux a exprimé les mÔmes crajntes et a formulé les mêmes réserves que M. Verneuil : «Sans doute, nous employons tous les pinces de M. Kœberlé,

mais nous ne nous en servons pas d'une façon définitive et nous les considé- <■ rons seulement comme un moyen d'hémostase temporaire. » — Bull, el Mém. de la Soc. de Chir. Paris, 187G, t. II, p. 787.

2. Deny et tlxchaquet, De la Forcipressure^ Paris, 1875, p. 38.

M. Gross, un de mes anciens collègues à la Faculté de médecine de Strasbourg, qui m'a assisté pendant deux ans dans un grand nombre d'opérations, a cru devoir rectifier à la Société de médecine de Nancy les allégations de M. Péan.

«Depuis quelque temps on fait grand bruit à Paris de l'application des pinces à l'iiémostasie chirurgicale. Le fait d'arrêter l'écoulement du sang, en aplatissant le vaisseau ouvert à l'aide d'une pince, n'est pas nouveau, puisque, en 1790 déjà, Desault eut recours à ce moyen pour combattre des hémorrbagies provenant de vaisseaux d'un certain calibre. Néanmoins ce mode d'hémostase avait à peu près disparu de la pratique, quand, dans ces dernières années, il fut repris par quelques chirurgiens, et que M. Yerneuil le décrivit sous le nom de forcipressure. Presque en même temps M. Péan vanta à son tour les avantages du nouveau mode d'hémostase dans une communication à l'Académie de médecine et dans un mémoire de MM. Deny et Exchaquet.

«M. Kœberlé a été le premier à se servir de la pince hémostatique pour pratiquer l'hémostase.

«Ce n'est qu'en 1868 que M. Péan fit construire la pince connue sous son nom et qui diffère de celle de M. Kœberlé par son point d'arrêt.

«Si la pince hémostatique décrite par M. Péan tend à se répandre à Paris, la pince Kœberlé est au moins aussi répandue parmi nous. Non-seulement M. Kœberlé l'emploie dans toutes ses opérations^ mais nous avons vu MM. Sédillot, Herrgott, Bœckel, s'en servir pendant des ovariotomies ; M. Stollz l'a utilisée pendant des extirpations de sein; M. Roussel l'a employée dans une opération analogue ; moi-même, depuis quatre ans, je m'en sers à peu près dans toutes mes opérations.

«La pince du Kœberlé permet de graduer la force employée et de régler celle-ci d'après le degré de pression nécessaire pour empêcher un écoulement sanguin; la pince Péan, au contraire, est construite de manière à ne pouvoir donner qu'une très-forte jiression. La nécessité d'une graduation dans la pression a été reconnue dès le principe par M. Kœberlé, et sa pince a été construite en conséquence; la forte pression sert quand la pince est.appUquée sur un vaisseau; la pression doit être moindre quand elle saisit u'nc certaine épaisseur de tissus ou qu'elle prend ceux-ci en masse, comme cela arrive forcément quand, dans une opération telle qu'une ovariotomic ou une hystérotomie, il survient quelque part une hémorrhagie menaçante et que le temps manque pour rechercher exactement le vais.seau qui donne. La pince Péan, dans ces cas, écra.sc inutilement les tissus.

«Quoi qu'il on .soit, les pinces Kœberlé et celle que M. Péan a fait

construire après lui, se placent facilement et rapidement avec un peu d'habitude. Elles sont de beaucoup plus avantageuses que les serre-fortes ou les pinces à coulant de nos trousses. Elles servent à produire une hémostase par forciprcssure , soit provisoire, soit temporaire, soit définitive.

«La pince hémostatique, en permettant de saisir énergiquement entre ses mors une épaisseur de tissu quelconque, puis de comprimer celui-ci fortement et au besoin môme de le mortifier, peut encore servir à d'autres usages qu'à l'hémostase. Elle peut servir à détruire certains tissus ou certaines parties. Ainsi nous l'avons utilisée avec avantage pour détruire lentement et sans accident l'éperon d'un anus contre nature '.»

Dans la discussion qui a suivi la lecture du mémoire de M. Gross, M. Herrgott «établit qu'il possédait des pinces hé- «mostatiques fabriquées par M. Elser, sur les indications de «M. Kœberlé, depuis près de dix ans, et qu'il reconnaissait «l'utilité de ces instruments pendant les opérations, surtout «au point de vue de l'hémostasie temporaire. Quant à la forci- «pressure définitive, M. Herrgott ne l'approuve que pour les «artères d'un petit calibre dont l'embouchure s'oblitère rapi- «dement; mais il est loin de partager l'enthousiasme de «M. Verneuil et autres chirurgiens de Paris quand il s'agit de «l'employer pour les artères volumineuses. Il a eu l'occasion «de constater un insuccès dû à la forcipressure définitive «(prolongée) dans une amputation de jambe pratiquée à l'hô- «pital Saint-Louis, dans le service de M. Péan lui-même. «Quatre pinces furent laissées dans le moignon; mais au bout «de quelques jours survint une hémorrhagie foudroyante et «on trouva les pinces au milieu des pièces à pansement. Dans «ce cas, dit M. Herrgott, les ligatures n'eussent-elles pas «mieux fait*?»

Il résulte de ce débat:

1. Revue médicale de l'Est. JN'ancy, 1876. Soc. île iiiéd. de iNancy, 9 février 1876. Les Pinces hémostatiques des Kœberlé et Péan et la Forcipressure, par M. le Gross.

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