SALLE DE V APOLLON
N. 139. MERCURE» dit l'AwTiifous de Belvédère.
Depuis long-tems les antiquaires s'étaient aperçus que la tête de cette figure ne ressemblait nullement aux têtes bien avérées d'Antinous j mais ils étaient partagés sur le nouveau nom à lui donner j ïes uns y voyaient Thésée , d'autres , Hercule imberbe ; le plus grand nombre voulait que ce fût mi Méléagre , opinion qui n'était cependant fondée que sur un léger rapport de l'attitude de cette figure avec celle de la célèbre statue de ce héros. Aujourd'hui , un examen plus attentif a convaincu qu'elle représente Mercure: on y reconnaît ce Dieu h ses cheveux courts et naturellement frisés , à la douceur de ses traits , à cette légère inclinaison de tête qu'il semble pencher pour écouter les vœux qui lui sont adressés, à la vigoureuse complexion de ses membres , qui indique l'inventeur de la gymnastique ; enfin , a ce manteau dont il a le bras enveloppé, symbole de la célérité qu'il met à exécuter les ordres des Dieux. On n'aperçoit pas , ii la vérité , les attributs les plus connus de Mercure , tels que le pétase, le caducée, la bourse et les talons ailés 3 mais ces attributs ne sont pas tellement essentiels , qu on ne trouve plusieurs statues de ce Dieu , qui en sont privées en tout ou en partie • et d'ailleurs, les mains qui manquent , en portaient sans doute quelques-uns, coniaie le caducée, qui pouvait être dans la main gauche , et la bourse dans la main
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droite: enfin, pour changer cette conjecture 'en de'nionstration, il suffira de remarquer que l'on a vu long-tems dans la Galerie du palais Farnese , une statue antique absolument semblable à ce prétendu Antinous, qui avait les talons ailés et le caducée à la main, attributs dont la majeure partie était indubitablement antique.
Cette statue, l'une des plus parfaites qui nous soient restées de l'antiquité , est en marbre de Paros de la plus belle qualité. Elle a été trouvée à Rome, sur le mont Esquilin, près des thermes de Titus, sous le pontificat de Paul III, qui la jugea digne d'être placée au Belvédère du Vatican, près de l'Apollon et du Laocoon. L'harmonie qui règne entre toutes les parties de cette belle ûgure est telle, que le célèbre Poussin a cru devoir y puiser, préférablement à toute autre, les proportions de la figure humaine (i).
N. i3o. LE TRONE DE SATURNE.
Sur un fond d'architecture composite, et au centre du bas-relief, s'élève une espèce de trône couvert en partie d'un voile ou draperie; sur le marchepied, siippedaneum , est posé le globe céleste , parsemé d'étoiles et entouré du Zodiaque , emblème du tems , dont Saturne est le Dieu : à gauche , deux génies ailés portent sa faucille ou épée recourbée , dite harpe ; et du côté opposé, deux autres Génies semblent se disputer le
(i) Anche di questa statua vengasi più ampia e dotliisima esposizione ttel Museo Pio-Clemenlino , T. /, tav. 7, e nel presente volume al n. XV^ pa^. 55. — Gli Editori.
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sceptre du Dieu , dont les traces se remarquent en deux endroits.
Ce bas-relief, de marbre pentélique , est tiré de la Salle des Antiques du Louvre où il était depuis longtems. Il existe en Italie plusieurs bas-reliefs du même style j des mômes dimensions , et qui présentent des sujets analogues à celui-ci. Deux sont placés dans le chœur de l'église de San Vitale, à Ravenne , et représentent le Trône de Neptune. Un autre se voit à Venise j dans l'église della Madonna de' miracoli. Enfin à Rome, dans la Pailla Ludovisi , on obsex-ve le fragment d'un quati'ième bas-relief représentant le Trône d'Apollon.
N. i3i. MARS VAINQUEUR.
Le Dieu de la guerre, dans la vigueur de la jeunesse, les joues onibrage'es d'une barbe naissante , n'a d'autres armes qu'une épée suspendue h une courroie qui traverse sa poitrine. Quoique la petite figure de la Victoire sur un globe, posée dans sa main gauche , ait été rajustée , les médailles et les pierres gravées autorisent assez cette restauration , qui donne au sujet le caractère de Mars vainqueur.
N, i32. URANIE.
Le nom à^Uranie^ donné jusqu'ici à cette statue , n'est guères fondé que sur la couronne étoilée qu'elle porte en tête , et sur le volume qu'elle tient de la main droite, additions qui ont été faites par Girardon lorsqu'il restaura cette figure. Sa pose et le mouvement qu'elle fait en relevant de la main
gauche le pan de sa lunique , pourraieiiL faire conjecturer qu'elle représente l'Espérance, que les anciens ont constamment figurée dans cette attitude.
Cette statue est tirée de la Galerie de Vex'sailles ^ la tête et les bras sont restaui^és. Le mouveraeut du bras gauche était biea indiqué par les plis de la draperie qui est traitée avec beaucoup de goût.
N. i33. ISIS SALUTAIRE.
Debout et vêtue d'une tunique sans manches , à plis réguliers, par-dessus laquelle est un ample manteau, la Déesse présente, dans une coupe, la nourriture au mystérieux serpent, emblème de la santé : un bracelet orne la partie supérieure de son bras gauche, et sa coiffure est remarquable par un ornement sur lequel sont sculptés deux serpens, séparés par un petit masque vu de face , attributs connus d'Jsis. Le masque signifie la lune qui, en Egypte, était adorée sous le nom de cette Déesse.
Cette figure, de marbre de Paros, est tirée du Musée du Vatican, où elle avait été placée sous le pontificat de Pie VI. Sa tête, de marbre pentélique, a été rapportée et appartenait sans doute à quelque statue grecque de la Déesse de PÉgypte. Les bras ont été en partie restaurés (i).
(i) V. il Museo Pio-Clementino , vol. VII ^ tavola 5^ ov è notato ch'era questa statua compresa fra' cento oggetti dC arte ceduti alla Francia pel trattato di Tolentino > — Gli Editori.
ViSG. Op. var. T. IV. 23
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N. 134. MARS VAINQUF.UR.
L'analogie qui existe entre cette statue et celle décrite au N. loi , ne permet pas d'hésiler à y reconnaître le Dieu Mars. L'artiste moderne qui en a restauré le bras , lui a fait tenir un sceptre et un globe , dans la persuasion où il était qu'elle représentait un Empereur.
Cette statue est exécutée en marbre pentélique (i).
N. i33. LEUCOTHÉE. Statue.
Ino ou Leucothée , fille de Caduius et nourrice de Bacchus, est représentée par ce beau groupe, qu'une composition simple et heureuse, une grande pureté de formes et la rareté du sujet rendent extrêmement précieux. L'héroïne , le front ceint du bandeau bachique , tourne la tête vers son nourrisson , d'une manière pleine d'atïection et de grâce. Celui-ci, soutenu sur le bras gauche de Leucothée, paraît, par une ingénieuse anticipation, toucher à un vase du genre de ceux qui étaient en usage pour verser du vin. La tunique sans
(i) NeW edizione dd 1800, dopo (n'er accennalo V analogia che \>i ha tra queste ed altre statue , aggiunge che à la vérité dans les statues dont nous parlons, les attributs du Dieu sont moins équivoques ; elles portent ordinairement un baudrier passé en sautoir sur l'épaule , dans la main gauche un globe surmonté d'une petite victoire, et dans la droite une épée : pero se in questo simulacro ci sono diversità di sìmboli ^ queste attribuire \si devono al moderno ristauro. — Gli Editori.
manches et le peplum à boucles sont représentés sur la figure de Leucotliée avec une grande précision , et arrangés avec un goût exquis.
Ce groupe, ouvrage grec des plus anciens , a été explique par Wiuckelmanu. Il était placé dans la Galerie de la Pailla Albani (i).
N. i36. SACRIFICE, appelé Suovetaurilia.
Les Suoveiaurilia étaient des sacrifices solennels qui se faisaient à Rome lorsque le dénombrement du peuple était terminé , ou dans d'autres occasions, et dans lesquels on immolait un porc, sus, une brebis, ovis , et un taureau, taurus ; trois mots dont paraît avoir été formé celui de SuovetauriUa. Ce beau bas- relief nous présente une cérémonie de ce genre.
Les deux lauriers qu'on aperçoit dans le fond à droite, sont ceux qui étaient plantés devant le palais d'Auguste, et les deux autels ornés de festons, étaient probablement dédiés, l'un aux Dieux Lares et l'autre au Génie de ce prince, les basreliefs antiques nous offrant presque toujours ces deux lauriers réunis aux images des Dieux Lares et à celles du Génie d'Auguste. Devant ces autels, le magistrat du quartier, qui remplit les fonctions de sacrificateur, debout, la tête voilée , accomplit les rites sacrés , en commençant par la libation. Près de lui sont deux ministres ou camilli portant l'un , la cassolette aux parfums , acerra , et
(i) f^eggansi le doUe osservazioni del PVinckelmann ne' Monutn. Ant. inediti, cap. XII., p. 67. — Gli Editori.
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l'autre le vuse des libations, guttus ; derrière sont les deux licteurs de ce magistrat , avec leurs faisceaux. Viennent ensuite les victimaires couronnés de lauriers j conduisant les victimes, ou s'apnrêtant à les frapper: enfin sur le second plan ou voit quekpes assisf.mis h la cérémonie.
Ce beau bas-relief, de marbre pentélique, est tiré de la bibliothèque de Saint Marc à Venise , dont il décorait le vestibule. En i553 il a été publié par ^n^ tonio Lafreri^ et à cette époque il paraît qu'il existait à Rome dans le palais de S. Marc, d'oii sans doute il aura été transporté à Venise (i),
N. 137. APOLLON PYTHIEN, dit i^'Apollon de Belvédère.
Le fils de Lalone ^ dans sa course rapide, vient d'atteindre le serpent Python, déjà le trait mortel est décoché. Son arc redoutable est dans sa main gauche, il n'y a qu'un instant que la droite l'a quitté 5 tous ses membres conservent encore le mouvement qu'il vient de leur imprimer. L'indignation siège sur ses lèvres 5 mais dans son regard est l'assurance de la victoire, et la satisfaction d'avoir déUvré Delphes du monstre qui la désolait. Sa chevelure, légèrement bouclée, flotte en longs anneaux autour de son col , ou se relève avec grâce sur le sommet de sa tête, qui est ceinte du strophiuni ou bandeau caractéristique des rois et des dieux ; une courroie suspend sou carquois sur
(i) f^. una più ampia esposizione di questo bassorilievo nel presente volume al n, LXl , p. 344. — Gli Editori.
l'ëpaule droite^ ses pieds sont chaussés de riches sandales. Sa chlamyde attnchée sur l'épaule , et retroussée selilement sur le bras gauche , est rejetée en arrière, comme pour mieux laisser voir la majesté de ses formes divines. Une éternelle jeunesse est répandue sur tout ce beau corps , mélange sublime de noblesse et d'agilité, de vigueur et d'élégance, et qui tient un heureux milieu entre les formes délicates de Bacchus, et celles plus fermes et plus prononcées de Mercure.
^^pollon vainqueur du serpent Python est une fable ingénieuse , par laquelle les anciens ont exprimé l'influence bienfaisante du soleil , qui rend 1 air plus salubre en le purgeant des exhalaisons infectes de la terre, dont ce venimeux reptile est 1 emblème. Tout, dans cette figure, jusqu'au tronc d arbre introduit pour la soutenir, présente quelqu'intéressante allusion 5 ce tronc est celui de l'antique olivier de Délos , qui avait vu naître le Dieu sous son ombre- il est paré de ses fruits 5 et le serpent qui rampe autour, est le symbole de la vie et de la santé dont Apollon était le Dieu.
Cette statue, la plus sublime de celles que le tems nous a conservées, a été trouvée, vers la fin du quinzième siècle, à Capo d\lnzo , à douze lieues de Rome, sur le rivage de la mer, dans les ruines de Pantique yJntiunîf cité célèbre et par son temple de la Fortune et par les maisons de plaisance que les empereurs y avaient élevées à Tenvl , et embellies des plus rares cliefs-d''œuvi'e de l'art. Jules II , n'étant encore que cardinal , fit l'acquisition de cette statue , et la fit placer d'abord dans le palais qu'il habitait près l'église des Santi Apostoli; mais bientôt après étant
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parvenu an pontificat , il la fii: transpoiicv au Belvédère du Vaticau , où , depuis trois siècles , elle faisait l'admiratiou de funivers , lorsq'uii héros , guidé par la victoire, est venu l'en tirer pour la conduire et la fixer à jamais sur les rives de la Seine.
C'est une question parmi les antiquaires et les naturalistes de savoir précisément de quelle carrière a été tiré le marbre de Y Apollon. Les marbriers de Rome qui , par état , ont une grande connaissance des marbres anciens , l'ont toujours jugé un marbre grec antiquey quoique d'une qualité différente des espèces les plus connues. Au contraire , le peintre Mengz a écrit que cette statue est de marbre de Luni ou de Carrare, dont les carrières étaient connues et exploitées dès les tems de Jules-César. Un illustre minéralogiste ( feu M. Dolomieu ) était du même avis , et il prétendait avoir trouvé, dans une des anciennes carrières de Luni, des fragmens de marbre qui ressemblent à celui de VApollon. Malgré ces autorités , on peut regarder encore la chose comme très-douteuse , les anciens éci'ivains nous apprenant qu'il y avait dans la Grèce asiatique, dans la Syrie et ailleurs, des marbres statuaires de la plus belle qualité , dont les carrières , inconnues aujourd'hui , peuvent avoir fourni le marbre de VApotion. Au reste, la beauté des statues d'Antiuoiis, et la perfection des ouvrages de sculpture exécutés de son tems , démontrent évidemment qu'au moins jusqu'à l'époque d'Adrien , l'école grecque a fourni des artistes dignes d'être comparés aux plus habiles statuaires des tems anciens. Pline avait la même opinion des artistes de son siècle.
On ignore entièrement le nom de l'auteur de cet inimitable chef-d'œuvre. L'avant-bras droit et la main gauche , qui manquaient , ont été restaurés par Giovanili Angelo da Montorsoli , sculpteur, élève de Michel-Ange.
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Le i6 Brumaire au 9 ( 6 nov. 1800) S. M. l'Empereur, alors premier Consul, accompagné du consul Lebrun et du conseiller d'Etat Bcnezecli , a fait l'inauguration de VApollon^ et à cette occasion il a placé entre le plinthe de la statue et son piédestal l'inscription suivante, gravée sur une table de bronze qui lui a été présentée par l'administrateur et par M. Vien , au nom des artistes.
La statue cV Apollon, qui s'élève sur ce piédestal,
trouvée à Antiuni sur la fin du xv^ siècle ,
placée au F'aticanpar Jules II, au commenccmentduXVi''
conquise Van V de la République par l'armée d' Italie ,
sous les ordres du général Bonaparte ,
a été fixée ici le 11 Germinal an VIII ^
première année de son consulat.
Au revers est cette autre inscription :
BONAPARTE, L" Consul.
Cambacérès , II." Consul.
Lebrun , 111.*= Consul.
Lucien Bonaparte, Ministre de l'intérieur, (i)
N. i38. VÉNUS d'Arles.
Cette Vénus, ainsi nommée, parce qu'elle a été trouvée clans la ville d'Arles en Provence, est nue jusqu'à mi-corps, et drapée de la ceinture en bas. Sa tête , qui est un modèle de grâce et de beauté, est ceinte d'une bandelette dont les extrémités
(i) leggasi intorno a questa maravigliosa statua il nostro autore nel Museo Pio-Clera. T. /, tav. i4 e in questo volume al n. VIll^ p. 2^. —• Gli Editori.
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retombent avec élégance sur ses épaules. Elle semble attachée à considérer ce qu'elle tient de la main gauche; Girardon, qui en a restauré les bras , a placé dans cette main un miroir , et dans la droite la fatale pomme , signe de son triomphe sur ses rivales 5 mais il est plus probable que c'est le casque de Mars ou d'Enée qu'elle devrait tenir de la main gauche, et s'appuyer delà main droite sur une pique , ainsi qu'elle est figurée dans les médailles; et alors la statue représenterait Vémis victorieuse , qui était la devise de César. La ville d'Arles j mwiicipiiim Arelatense , étant une colonie romaine, il est naturel de croire qu'on y honorait, d'un culte particulier, cette Déesse, qui était regardée comme l'origine du peuple romain et de la famille d'Auguste.
Cette statue , trouvée à Arles ea 1 65 1 , faisait l'uu des principaux ornemens de la Galerie de Versailles , ô^oix elle a été tirée. Elle est en marbre grec dur, d'une couleur un peu cendrée ^ espèce de marbre statuaire que les anciens , à ce que Pou croit , tiraient du mont Hjmette , près d'Athènes. Cette figure a été gravée par IVIellan , en \ 669 ( i ).
(i) Il conte de Clarae fa osservare che la draperie de cette Vénus est belle. Le bord est froncé. Le bras gauche est orné du spinlher. La bandelette qui serre la chevelure accompagne bien la tête et tombe avec grâce : il est rare de voir ces ornemens aussi bien conservés. Trovasi disegnata ed incisa nel Museo Francese , V. I ^ e ne' Monumenti del Museo, T, /, pag. 60. — Gli Editori.
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