NOUVELLES
J'ai ainsi donné aux uns des espérances coupables , aux autres des moyens de combattre avec trop de violence les projets les plus salutaires et les mieux conçus.
J'ai ramené dans l'esprit des peuples ces vagues systèmes qui bouleversent les sociétés, et ébranlent les États jusque dans leurs fon démens .
Il est vrai que , quelques lignes plus bas, le même Orateur, jugeant d'une manière plus saine la citation qui a servi de prétexte à d'aussi graves imputations , déclare qu'elle n'a rien d'effrayant; qu'elle ne fait pas plus de sensation dangereuse sur les esprits 9 que n'en cause au théâtre la représentation des pièces les plus républicaines sous une monarchie légitime et consolidée.
Mais si cette étrange contradiction prouve déjà elle seule avec quelle légèreté on peut attaquer les principes et les intentions d'un membre de la Chambre des Députés , elle ne me dispense pas du soin
d'appeler le public à se rendre juge de l'insulte dont j'ai lieu de me plaindre.
C'est dans cet objet que je livre à l'impression nn Discours dont les journaux n'ont publié que des extraits plus ou moins inexacts.
Ce sera ma seule défense que d'exposer à tous les yeux le prétexte de l'accusation.
Je laisserai à ceux qui auront pris la peine de me lire le soin de décider si j'ai mérité d'être signalé comme un homme qui cherche à porter atteinte au crédit public et à provoquer de nouveaux bouleversemens.
J'eusse été peu surpris , je l'avoue , et encore moins affligé , que des imputations de cette nature eussent retenti dans certains salons de la Capitale ; elles ne m'eussent pas causé plus d'émotion si elles n'avoient été publiées que par la bouche de ceux dont je m'étois déterminé à contrarier les prétentions et les intérêts.
Mais que des Ministres eux-mêmes se soient rendus l'écho de la malveillance
eux qui savent que je suis resté pur des excès de la révolution comme des bassesses qui nous ont valu le despotisme j eux dont je suis venu soutenir l'ouvrage en bravant la haine de ceux qui l'attaquoient 5 eux qui n'ignorent point que le premier , dans la commission consultative du Budget créée par le Roi, j'ai, il y a près d'un an, développé et soutenu, contre le ministère luimême, le système de crédit qu'il propose aujourd'hui ; eux , par les ordres de qui j'ai le premier entamé les communications qui pouvoient en déterminer le succès ; eux qui savent si bien que je n'ai cessé de prouver mon amour pour mon pays , et pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité , non par des phrases de tribune et de vaines protestations, mais par des actes de dévouement , en disposant pour l'Etat, et à leur demande , de ma fortune et de mon crédit; eux qui, au moment même où ils m'accusoient de vouloir aff'oiblir le crédit public, avoient la certitude que je venois de souscrire pour des sommes considérables dans l'emprunt ouvert : on conviendra^ je l'espère, que je devois peu
m'attendre à leurs injurieuses accusations, et que j'ai quelque raison d'en être blessé.
Dans l'embarras bien naturel que j'éprouve pour m'expliquer une attaque aussi violente qu'imprévue , je ne veux pas croire que- la phrase qui en a fourni le sujet , et de laquelle on a tiré de si fausses et même de si absurdes inductions , n'ait été qu'un vain prétexte , à l'aide duquel on a voulu me punir de ce que j'ai eu le courage de dire quelques vérités qui importoient autant aux intérêts des contribuables qu'aux intérêts même du trésor. Mon esprit ne s'arrêtera pas non plus à l'idée que l'on ait voulu donner une espèce de satisfaction à un parti dont j'ai combattu les prétentions avec une franchise qu'on a peutêtre trouvée trop prononcée : de telles suppositions seroient trop injurieuses à ceux dont je crois avoir le droit de me plaindre.
Mais que m'importent leurs motifs véritables ? Sous un Gouvernement représentatif, c'est à l'opinion publique à dispenser en dernier ressort l'éloge ou le blâme. Et dût la citation de cette maxime me faire
encore une fois accuser de chercher à sonlever des idées séditieuses , je me croirai à l'abri de tout reproche, si mes concitoyens pensent que je n'ai fait que mon devoir.
Je n'ajouterai qu'un mot : l'injustice dont j'ai à me plaindre ne changera rien ni à mes principes ni à ma conduite. Ni mes principes ni ma conduite ne dépendent de la faveur des Ministres. Ils tiennent à des motifs plus purs et plus solides, l'amour de ma patrie et celui de mon devoir. Député, je continuerai à dire des vérités utiles , dussent-elles blesser ceux qui les écoutent ; citoyen, je ne cesserai de donner des preuves de mon dévouement à la chose publique , dussent-elles encore être récompensées par des calomnies.